« Une espèce à part », un documentaire époustouflant

Par Olivier Kahn / Publié le 20 mars 2019

A partir du jeudi 21 mars, arte.tv diffuse Une Espèce à part, une série de 10 épisodes de 3 minutes coréalisée par Clément Morin et Franck Courchamp, chercheur CNRS au laboratoire Ecologie, Systématique et Evolution (Université Paris-Sud, AgroParisTech, CNRS). A travers de sublimes images, Une Espèce à part interroge la place de l’Homme dans l’univers, de l’infiniment grand à l’infiniment petit. Franck Courchamp nous en dit plus.


Une espèce à part était projeté en avant-première au Forum des Images (Paris) le 12 mars 2019.

Comment vous est venue l'idée d'Une espèce à part ?

Je voulais faire passer cet aspect « émerveillement » et « fascination » que procure souvent la connaissance scientifique. Pour cela il ne suffisait pas d’une collection de chiffres, d’échelles, ou de Fun Facts. Il fallait une ligne directrice, une histoire, une structure, bref il fallait un prétexte pour envelopper le tout. J’avais initialement pensé écrire un livre sur l’ensemble. Ensuite j’ai pensé que pour plus d'efficacité sur la compréhension les nombreuses figures dont j’aurais besoin gagneraient à être animées : il me fallait donc un livre sur une tablette avec des figures animées.

Et de là je suis passé à l’envie de faire un film, d’autant que cette année-là je travaillais pendant un an à l’université de Californie à Los Angeles, la ville d’Hollywood, la ville du cinéma !

C’est là que j’ai cherché à travailler avec l’école d’animation de Los Angeles, et parmi une quarantaine de postulants je n’ai pas trouvé de talent à la hauteur de l’ambition que j’avais pour ce film. J’ai alors cherché sur Internet le "meilleur clip d’animation", pour avoir des idées de ce qui existait et proposer des styles plus concrets à des collaborateurs et je suis tombé sur des vidéos d’un français ! Clément Morin, qui faisait des images aussi belles techniquement qu’esthétiques, voire poétiques, et que j’ai contacté sans beaucoup d’espoir.

Mais la Fée de la Vulgarisation était de mon côté, car il m’a répondu au bout de 20 minutes en me disant qu’il adorait ce projet et qu’il était partant pour le faire avec moi !

Comment justement s'est fait le travail avec Clément Morin, le co-réalisateur ?

Nous avons donc travaillé près d’un an à distance, lui à Paris moi à Los Angeles, puis quand je suis rentré en France nous avons pu travailler de manière beaucoup plus proche.

Nous avons travaillé de manière très collaborative : à partir du moment où je lui ai envoyé l’idée du projet et l’ensemble des textes pour tous les épisodes, nous avons énormément échangé non seulement sur le texte, qu’il fallait rendre plus concis tout en restant informatif, et porteur d’émotions mais aussi sur les visuels. Nous avons travaillé beaucoup sur ce qui passerait à l’image la manière d’illustrer les textes, car les textes existaient avant les images. Ensuite nous avons fait beaucoup d’aller retours sur chaque séquence animée que Clément produisait jusqu’à obtenir quelque chose qui nous satisfaisait tous les deux. Cela a été un très long processus car Clément et moi sommes tous les deux perfectionnistes, mais nous faisions tous les deux confiance à l'autre pour l’aspect qu'il maîtrisait mieux que nous, ce qui nous a permis d’avancer de manière sereine et efficace.

Pourquoi avoir opté pour un film d'animation ?

La raison pour laquelle j’ai opté pour un film d’animation plutôt qu’un documentaire filmé, était d’une part que je voulais quelque chose de très original pas seulement dans le message et le format mais aussi visuellement, et d’autre part je voulais apporter de la fascination de l’émerveillement avec un côté artistique et esthétique qu’un documentaire aurait eu plus de mal à porter. Ensuite je voulais faire passer des messages scientifiques à partir de métaphores, sur des messages qui sont un petit peu plus difficile à faire passer, comme par exemple la proportion de temps que l’Homme a passé sur la Terre, qui est plus simple en prenant une métaphore (comme le nombre de minutes si la durée d'existence de la Terre était d’une journée, par exemple), que de donner un simple pourcentage ou un nombre de centaines de milliers d’années sur les milliards d’années d’existence de la Terre. Ces métaphores sont illustrées dans les épisodes d’une manière qu’un documentaire n'aurait pas pu faire. Enfin la dernière raison est qu’un film d’animation permettait de faire des effets visuels qui n’aurait pas été faisables non plus à partir d’un documentaire, surtout avec un budget aussi limité que le nôtre. Je pensais en résumé qu’un film d’animation serait visuellement plus agréable, je ne pensais évidemment pas que ce serait à ce point !

Une Espèce à part est à voir sur le site d'Arte : https://www.arte.tv/sites/webproductions/une-espece-a-part/

 

Spécialiste de la biologie de la conservation ayant à son actif plus d’une centaine d’études publiées dans des revues scientifiques internationales, Franck Courchamp a également une forte expérience dans la vulgarisation de son travail. Il a notamment à son actif l’ouvrage L’Ecologie pour les nuls (First, 2009) et la bande dessinée La Guerre des fourmis avec Mathieu Ughetti. En 2015, il avait participé à la création du film de 90 min Planète Corps pour Arte, qui a déjà reçu quatre titres internationaux.

Dernière modification le 21 mars 2019