La vulgarisation, un autre pan de la recherche

Publié le 9 octobre 2019

La Fête de la science revient du 5 au 13 octobre 2019, pour le plus grand plaisir des petits et grands ! Durant cette semaine dédiée à la culture scientifique, plus de 6 000 activités gratuites sont proposées dans toute la France, rassemblant 1 million de visiteurs.

Pour la 21ème année consécutive, l’Université Paris-Sud prend part à cet événement. Près de 350 chercheurs, enseignants-chercheurs, techniciens, personnels administratifs et étudiants se mobilisent pour accueillir les nombreux visiteurs attendus. En 2018, 6 650 scolaires et grand public ont participé aux différents ateliers, expériences, conférences, expositions et visites dans les laboratoires ouverts pour l’occasion. Il s’agit de la plus forte affluence dans le département de l’Essonne.  

Les initiatives de diffusion de la culture scientifique et technique se multiplient tant à l’université que dans les organismes de recherche, pour le plus grand bonheur de citoyens toujours demandeurs. Pourtant, il peut être difficile d’impliquer les personnels de l’université, qui peinent parfois à voir l’intérêt de se lancer dans cette aventure.

Alors quel est intérêt pour le chercheur de faire de la vulgarisation ? Arnaud Ferré, tout jeune docteur du Laboratoire d'Informatique pour la Mécanique et les Sciences de l'Ingénieur (CNRS) et de MaIAGE (Unité INRA, Mathématiques et Informatique Appliqués du Génome à l’Environnement) a été nommé ambassadeur national de la Fête de la science pour l’Université Paris-Saclay. Il nous apporte quelques éléments de réponse à travers son parcours et son expérience.

Que représente pour vous la vulgarisation scientifique ?

On ne présente plus aujourd’hui les bienfaits de la vulgarisation scientifique : diffuser les connaissances actuelles vers le grand public en les démystifiant et en les rendant plus accessibles, développer l’esprit critique et expliquer la démarche scientifique permettent au citoyen de se forger sa propre opinion. C’est un enjeu primordial pour éviter la désinformation. Cette activité répond d’ailleurs à une demande sociétale croissante, comme en témoignent l’émergence et la réussite de nombreux projets nationaux tels que la Fête de la Science, le festival Pint of Science ou encore la compétition MT180. Des dizaines de vidéastes français ont, depuis la fin de l’émission « C’est pas sorcier », pris le relais et continuent de se développer sur internet. L’engouement pour les sciences ne se limite d’ailleurs pas à la France, puisque l’on retrouve des actions similaires dans de nombreux pays à travers le monde !

Quelle est la place du chercheur dans cette activité ?

Pour toutes ces activités de vulgarisation, des journalistes, des médiateurs, des écrivains, dessinateurs, des animateurs et bien entendu des chercheurs, enseignants-chercheurs, techniciens, doctorants et étudiants s’investissent quotidiennement, parfois bénévolement. Même si les choses évoluent lentement, l’activité de vulgarisation reste encore trop souvent considérée comme incompatible avec la « vraie » activité de recherche. Pourtant, la vulgarisation et ses différentes formes de médiation constituent à n’en pas douter un pan incontournable de la recherche. Pour preuve, L’activité de vulgarisation est également inscrite officiellement dans les missions du chercheur. De plus, de nombreux programmes de recherche nationaux et internationaux incluent un volet dissémination dans leur appel à projet.

Qu’entendez-vous par la « vraie » activité de recherche ?

Un chercheur contribue à la progression de la connaissance de manière générale. Il présente régulièrement ses travaux dans des congrès ou des articles scientifiques évalués par des experts du domaine. Ainsi, il partage ses résultats avec l’ensemble de la communauté scientifique internationale. C’est ce qui a conduit la grande majorité des chercheurs à choisir ce métier. Cependant, toute cette partie du travail est réalisée entre experts du même domaine dans un langage technique, hermétique pour le non initié. Elle est valorisante pour le chercheur et valorisée par l’institution. C’est cela qui est souvent perçue comme « vraie » activité de recherche.

Il s’agirait donc de la seule activité réellement utile ?

L’idée persistante dans l’esprit de nombreux chercheurs, dont les plus jeunes qui espèrent un jour réussir les concours d’entrée dans un institut de recherche, c’est qu’il faut publier beaucoup. Pour cela, il faut se concentrer exclusivement sur l’activité de production de publications. Je pense que c’est cette pression (le fameux « publish or perish ») qui fait qu’encore aujourd’hui, trop peu de chercheurs prennent le temps de produire de la vulgarisation.

Pourtant, je suis persuadé que cette idée est complètement fausse. Bien sûr, un chercheur doit avoir une production scientifique de haut niveau, cela fait partie des règles du jeu. Mais l’activité de vulgarisation n’est pas un frein à cela, bien au contraire !

Avez-vous vous-même ressenti cette pression ?

Durant mes trois années de thèse de doctorat, je me suis rapidement tourné vers des activités de vulgarisation (MT180, Science en Bulles, ambassadeur de la Fête de la Science) et d’organisation d’événements de vulgarisation (coordination du festival Pint of Science sur l’Ile-de-France Sud). J’ai tout de suite ressenti cette pression. Pourquoi est-ce que je me risquais à ça après tout, alors que je n’avais pas encore vraiment produit d’articles importants ? Ces activités, pourtant encadrées par la formation doctorale, me prenaient en effet du temps. Néanmoins, ce temps que j’y consacrais m’a permis de développer deux capacités nouvelles :

- la capacité à prendre du recul sur mon travail, à le voir au milieu d’un contexte plus vaste. Le chercheur est un hyper expert d’un domaine précis et sortir de ce domaine demande des efforts.
- la capacité à mieux communiquer sur mon sujet en ayant toujours à l’esprit un souci de clarté. Cela permet non seulement de favoriser les échanges avec mes collègues mais aussi de faciliter les partenariats avec des experts d’autres domaines.

Vos activités de recherche ont-elles bénéficié de cette expérience en médiation ?

J’ai depuis soutenu ma thèse, avec une dizaine de publications, ce qui est plus que la moyenne dans mon domaine de recherche. Je suis convaincu que je le dois en partie à ma participation à ces activités de vulgarisation. Ce n’est naturellement que mon impression. Il y a déjà 10 ans, une étude globale sur 10 000 chercheurs français avait conclu « Scientists who engage with society perform better academically » (que l’on pourrait traduire par : “Les scientifiques qui s'engagent à communiquer avec la société obtiennent de meilleurs résultats académiques”). Ces “meilleurs résultats” sont bien évidemment un plus grand nombre d’articles publiés !

Participer à des activités de vulgarisation n’a donc pas seulement un objectif altruiste. Les chercheurs peuvent y retrouver un vrai intérêt de carrière ! J’espère que les consciences continueront à évoluer.

Dernière modification le 9 octobre 2019