Le sas sous la peau

Par Olivier Kahn / Publié le 7 septembre 2018

Le sas, groupe science-art-société fondé en 2014 à l’Université Paris-Sud, intervenait, cette année, en plein cœur de Bâle. À ce rendez-vous incontournable de l’art contemporain qu’est Art|Basel, Le sas s’est ouvert au Médical Imaging Analysis Center (MIAC AG), dans l’ancienne bourse de la ville, pour exposer des œuvres conçues par imagerie médicale.


© Ikse Maître

Rapprocher le corps et l’esprit

Deux corps entrelacés, un corps-à-corps éclaté en une vingtaine d’images imprimées sur plaques de verre, constituent Deux d’en d’eux, une œuvre fragmentaire à intégrer. Les visiteurs parcourent et reconstituent ces corps anonymes tandis que dans Première Intimité de l’être, miroir augmenté, ils parcourent un reflet de leur corps tel que l’imagerie médicale pourrait le donner à voir. Ces images ont été obtenues en imagerie par résonance magnétique (IRM) à l’IR4M, CNRS, Université Paris-Sud et par rayons X (TDM) et émission de positrons (TEP) au SHFJ, CEA. « L’imagerie médicale, radiologie ou médecine nucléaire, est la discipline qui donne à voir cette troisième dimension que vous ne pouvez pas percevoir à l’œil nu. En permettant un regard sous la peau, elle explore la profondeur des corps et accroît notre imagination ; elle nous fait saisir l’intérieur de nos corps et imagine le ravissement de nos cerveaux ». Ikse Maître et le collectif des Vues de l’esprit, artistes et scientifiques au cœur du projet au sas, ont su révéler la dimension artistique indéniable et le questionnement intime profond de ces images statiques et dynamiques qui composent le quotidien des professionnels de la santé : « Cette intrusion dans notre intimité nous invite à réfléchir à la façon dont ces regards savants peuvent transformer la représentation que nous avons de notre propre corps et de notre propre esprit ». Ces images permettent, en effet, de quantifier et de mesurer ce que nous ne pouvons pas déterminer avec nos sens. Elle donne au professionnel une connaissance de nous-mêmes, de notre intimité, que nous ne sommes pas en mesure de voir, ni même souvent, de percevoir. Les œuvres présentées dans le cadre de l’exposition Shades off art  and science ravissent, déroutent, dérangent, fascinent, questionnent.


© Ikse Maître

Rapprocher l’art et la science

Depuis quatre ans, le sas, groupe science-art-société équipé pour la recherche, la conception, la réalisation et la diffusion d’œuvres artistiques et scientifiques, s’intéresse aux liens entre la science et l’art, entre la recherche et la société, entre l’imaginaire et sa matérialisation. « L’apparente différence entre art et science ne fait que cacher un même élan : celui d’une recherche qui tend à repenser les contours du sens commun. » constate Ikse Maître. Les œuvres présentées ne laissent pas indifférents y compris des personnes qui s’intéressent peu aux recherches artistiques ou scientifiques. « Aborder les questionnements profonds ou quotidiens via conjointement l’art et la science est de nature à toucher un plus vaste public » souligne Hervé Dole, vice-président médiation scientifique, arts, culture et société de l’Université Paris-Sud. « En plus de la recherche et de la formation, piliers de nos missions, l’art et la science sont de nature à façonner des esprits ouverts ou épanouis, rationnels et créatifs, curieux et humanistes, indispensables pour une meilleure société ». Après quelques jours de nuances art et science, le MIAC a dû refermer ses portes sur l’exposition à Bâle mais la démarche du sas reste plus que jamais tourné vers l’ouverture…

Dernière modification le 7 septembre 2018