Pint of Sciences : une nouvelle tournée réussie

Par Olivier Kahn / Publié le 10 juillet 2017

Les 15, 16 et 17 mai avait lieu l’édition 2017 de Pint of Sciences. Depuis deux ans, la manifestation est organisée à Paris-Saclay. Retour sur cet événement pas comme les autres en compagnie d’Arnaud Ferré, doctorant au Limsi (CNRS) et coordinateur Pint of Science Paris-Saclay, et de Pierre Grognet et Sébastien Bloyer, deux chercheurs de l’Université Paris-Sud qui se sont prêtés au jeu.


Exemple de conférence donnée à l'occasion de l'événement Pint of Sciences. © Hervé Dole / UPSUD

Le concept de Pint of Science a été inventé en 2012 par deux chercheurs londoniens qui eurent l’idée de sortir la science et les scientifiques du laboratoire pour les emmener dans des lieux plus atypiques pour eux : les pubs. Depuis l’événement s’est développé. Cette année, Pint of Science a eu lieu « dans 11 pays, dont 29 villes françaises » nous dit Arnaud Ferré. C’est grâce à lui que l’événement a lieu sur le territoire de Paris-Saclay. Cette année, le Truculent à Massy, le Gramophone à Orsay et la Brasserie du Val Fleury à Gif-sur-Yvette étaient de la partie.

« A ma connaissance, un bar qui a expérimenté Pint of Science est toujours partant l’année suivante » constate avec enthousiasme Arnaud Ferré. « Au début, ils sont plutôt méfiants ! Il faut dire qu’on leur demande souvent de se lancer dans l’inconnu. On peut donc les féliciter pour leur courage, car ils acceptent tout de même l’aventure ». Dès la première soirée du festival, la magie opère ! « Tout le monde est plus détendu dans un bar ! C’est un lieu qui casse naturellement la distance entre le public et l’intervenant en tout cas. Après tout, les bars sont des lieux naturels de rencontre depuis l’aube des temps ».


L'événement s'élargit d'année en année, avec pour objectif de toucher un public plus large. © Pint of Sciences

Le fait de « présenter ses travaux dans un bar change en effet l’ambiance de la présentation. » Constate Pierre Grognet, maitre de conférences à l'Université Paris-Sud, qui a fait une intervention sur « Stabilité génétique et reproduction sexuée ». Même constat pour Sébastien Bloyer, professeur à l’Université Paris-Sud, dont la présentation portait sur les empreintes génétiques en criminalistique : « C’est amusant, plus décontracté et moins formel pour moi qui enseigne la génétique à l’université depuis presque 15 ans. »

Si le lieu est différent d’un amphithéâtre ou d’une salle de classe universitaire, « le public et les objectifs ne sont pas les mêmes. » souligne également Sébastien Bloyer.  Il s’agit bien, en effet, de présenter des travaux de recherche fondamentale à un public qui est surtout là pour passer un bon moment. « Il faut de toute façon que la présentation ne soit pas trop sérieuse ou austère. » Remarque Pierre Grognet. « L’introduction est plus large et on essaie d’y ajouter des pointes d’humour ».

« Il ne faut pas croire en effet qu’il est facile pour un expert d’expliquer à des non-experts ses travaux. » ajoute Arnaud Ferré « Toutes les interventions du festival ont été d’un niveau incroyable évidemment ! Et c’est assez naturel finalement : les chercheurs qui acceptent de participer ont souvent une envie et une inclinaison pour la vulgarisation scientifique, même si ça leur demande toujours beaucoup de travail pour en arriver à ce niveau ». Sébastien Bloyer, par exemple, n’en était pas à son coup d’essai puisqu’il avait déjà participé à certaines sessions du « Café des sciences » à Morlaix en Bretagne et du « café philosophie et sciences » à Paris.

La vulgarisation scientifique, la capacité à pouvoir contribuer au dialogue entre le monde scientifique et la Société, représente sans doute un enjeu majeur pour les chercheurs. « La science devrait faire rêver, susciter la curiosité et répondre aux plus grands défis de l’humanité » nous dit Arnaud Ferré. « Nous, scientifiques, avons aussi notre part de responsabilité : si nous nous isolons dans nos tours d’ivoire, comment pouvons-nous attendre des gens qu’ils comprennent l’importance capitale de nos travaux ? ». Le temps de quelques jours, Pint of Science offre « l’occasion parfaite de rencontrer les acteurs de la Science de demain en chair et en os et dans un cadre détendu » et c’est sûrement une explication de son succès. « Ça a tout de suite été une réussite et il fait plus que doubler chaque année depuis son implantation : preuve que les gens sont intéressés par la Science tant qu’on fait l’effort de la leur rendre accessible ». On attend avec impatience la prochaine édition !

Dernière modification le 10 juillet 2017