Quand l'art et la science font le mur !

Par Gaëlle Degrez / Publié le 17 avril 2015

L'Université Paris-Sud va expérimenter une voie originale de communication scientifique en invitant un graffeur à réaliser une fresque murale sur le thème de la botanique. Une expérience inédite que le public est invité à partager en direct mercredi 22 avril.


Le projet de fresque murale qui sera réalisé mercredi 22 avril par des graffeurs. © UPSud

Cela faisait un moment déjà que l'idée d'une fresque sur le thème de la Nature et comme support pédagogique lui trottait dans la tête. Céline Riauté est la jeune mais non moins dynamique responsable du service environnement et paysage de la Direction du patrimoine de l'Université Paris-Sud. Dans son escarcelle, la gestion du parc botanique de Launay, un écrin de verdure exceptionnel mais aussi un jardin universitaire à disposition des enseignants, des chercheurs et du grand public.

«J'avais envie de proposer de nouveaux outils pédagogiques à même de transmettre nos richesses botaniques, naturelles et historiques aux visiteurs. Le Street art m'est apparu comme un formidable outil pédagogique qui permettrait de valoriser le jardin tout en participant à l’intégration du patrimoine bâti au sein du parc paysager » explique la jeune femme, ingénieur paysagiste de formation.

Restait à trouver l'artiste susceptible d'être intéressé et à même de conduire un tel projet.  Et c'est finalement sa rencontre avec l'artiste Teurk (lire portrait dans l'encadré) qui va s'avérer décisive : « le courant est tout de suite passé avec lui. Il était très ouvert et le thème de la botanique l'inspirait ». Sophie Nadot, chercheuse au Laboratoire Ecologie, Systématique, Evolution (ESE – Upsud/CNRS/Agroparitech) et enseignante au département de biologie, rejoint l'équipe avec enthousiasme : « en tant que biologiste, la confrontation entre un art urbain et une science qui tire son matériel d'étude de la Nature m'a paru particulièrement enrichissante ». Le projet est sélectionné lors de l'appel à projets 2013-2014 de la Diagonale Paris-Saclay. S'ensuit alors six mois de travail pour esquisser les plans d'une fresque qui va revisiter les planches botaniques traditionnelles.  

Le street art, une nouvelle forme de médiation scientifique

C'est Sophie Nadot qui est chargée de fournir le corpus scientifique de la fresque, avec la participation d'étudiants de l'Unité d'Enseignement "Botanique" (L3 Biologie, parcours biologie des organismes et écologie). « Mes recherches sont centrées sur l’évolution de la forme des fleurs et du pollen. Je m'intéresse notamment à la symétrie florale, un caractère remarquable des fleurs qui permet un transfert optimal du pollen d’une fleur à l’autre favorisant ainsi leur reproduction. Un des messages que je souhaiterais faire passer est de sensibiliser le public au phénomène de pollinisation, mis en danger par les évolutions rapides de l’environnement qui commencent déjà à modifier les équilibres actuels dans la biodiversité ».

La chercheuse souhaitait également profiter de l'occasion pour expliquer la relation entre la structure et la fonction des organes en confrontant la morphologie externe des plantes avec leur structure interne. Décision fut donc prise d'illustrer la morphologie des plantes à toutes les échelles, mais également les modes de dispersion des graines et pollen en se concentrant sur l’étude des formes des fleurs et des pollens de deux plantes communes, une de la famille des géranium et une de la famille des menthes, la brunelle commune. Une fois les thématiques définies, deux étudiants, Esther Debray et Quentin d'Alexis se sont chargés de récolter le matériel botanique – coupes de racines et de tiges, photos au microscope, coloration, croquis etc. qui va servir de modèle aux artistes.

Rendez-vous mercredi 22 avril

Fruit de ce travail et des nombreuses interactions entre Sophie Nadot, l'artiste Teurk et Céline Riauté, le projet a pris forme et les croquis de la fresque ont pu voir le jour. Dernière étape, mais non des moindres, l'heure de la réalisation grandeur nature est enfin arrivée. Du 20 au 24 avril les artistes investissent le campus d'Orsay. Accompagné pour l'occasion de deux autres graffeurs, SPE et WXYZ, Teurk va créer son œuvre sur le mur arrière du bâtiment 337, un bâtiment d’examen situé à proximité d’un lieu de passage et de la vie étudiante, au cœur du jardin botanique Universitaire de Launay,  sur le campus d’Orsay. A cette occasion, une soirée festive est organisée le mercredi 22 avril à partir de 17h30.  Au programme : observation de formes surprenantes de plantes et de pollens au microscope, buvette et échanges avec les artistes! L’association Opération Maxi Puissance se chargera d’accompagner la soirée en musique.

Vincent Béchade dit TEURK est issu de la génération de graffeurs qui émerge dans les années 90, l’âge d’or du hip-hop. Dans le but de peindre des fresques grands format, il se rend à Beyrouth en 1995 puis en Bosnie, peu après la fin de la guerre, où il peint sur les ruines du Pont de Mostar, et à Hébron en 2002 où il réalise des fresques sur les panneaux publicitaires abandonnés de la ville avec de jeunes palestiniens. Ses graffs, instinctifs et rapides, s'inspirent souvent des matières naturelles, comme la roche, les cheveux, les feuilles d'arbre ou l'écorce.

Il prépare actuellement l’exposition « Matière sensible » et propose depuis mai 2014 à la galerie Sparts (Paris) une série de tôles métalliques gravées. Ces plaques, traitées avec des encres et meulées au moyen d’une disqueuse, représentent les systèmes vitaux (système nerveux, musculaires, lymphatiques) et intègrent des cartes du champ magnétique humain. Fruit d’une libre interprétation, ces représentations sont finement documentées par des planches et gravures archivées par l’artiste. Transposer cette démarche à l’univers de la biologie végétale, établir des liens entre ses recherches artistiques et les recherche des botanistes constitue une formidable source d’inspiration pour Teurk. Il s’agit d’aborder sur un plan formel et esthétique la répétition, le motif, le rythme, d’identifier la part de symétrie, d’asymétrie, d’aléatoire ou de déterminisme dans la formation des plantes. Il s’agit aussi de renouveler son regard grâce à la connaissance scientifique et de nourrir ses recherches visuelles à partir de son vocabulaire, de ses grilles de lecture.

Dernière modification le 21 avril 2015

La fresque en images

© UPSud© UPSud© UPSud