Un nouveau nanomédicament contre le cancer du colon

Par Gaëlle Degrez / Publié le 9 juin 2017

Une équipe de l’Institut Galien (Université Paris-Sud/CNRS) vient de mettre au point un nouveau nanomédicament pour le traitement expérimental du cancer du colon. Administré par voie orale, ce dispositif thérapeutique a montré une activité anticancéreuse accrue et une moindre toxicité rénale par rapport aux traitements actuels. Ces travaux ont été réalisés dans le cadre de l’ ERC Advanced Grant “TERNANOMED” attribué à Patrick Couvreur, professeur à la Faculté de Pharmacie de l’Université Paris-Sud.


Incubation de nanomédicaments avec des cellules cancéreuses de souris en culture. L'objectif est d'étudier l'activité anticancéreuse d'un nouveau nanomédicament à base de squalène (lipide présent en grande quantité dans l'huile de foie de requin). © Hubert RAGUET/CNRS Photothèque

La nanotechnologie offre de nombreuses possibilités d'améliorer les traitements médicamenteux, y compris en ce qui concerne la pharmacologie des médicaments. Les travaux de l’équipe de Patrick Couvreur proposent une approche simple pour améliorer l'efficacité d’un anticancéreux dans le traitement du cancer du côlon. Un enjeu majeur de santé publique puisqu’avec plus de 40 000 personnes touchées par an, le cancer colorectal fait partie des cancers les plus fréquents en France.

Une meilleure efficacité antitumorale

Le couplage chimique du cisplatine (un médicament anticancéreux majeur) au squalène (un lipide naturel et biocompatible) permet l’obtention d’un bioconjugué de cisplatine-squalène dont les molécules s’auto-assemblent spontanément sous forme de nanoparticules en milieu aqueux. Comme le squalène est un lipide bien absorbé par voie orale (per os), les chercheurs ont eu l’idée de tester l’activité anticancéreuse de ces nanoparticules dans plusieurs modèles expérimentaux de tumeurs coliques après administration par voie orale.

Il a tout d’abord été montré que les nanoparticules de cisplatine-squalène (SQ-cisPt) inhibent ex-vivo la croissance de lignées cellulaires de cancer du colon (HT-29, KM-12) à des concentrations dix fois moindres que le cisplatine (CisPt).

Cette amélioration de l’activité anticancéreuse a pu être attribuée à une augmentation de la platination de l’ADN résultant d’une accumulation intracellulaire accrue, la forme nanoparticulaire permettant le contournement des protéines d’efflux. Le traitement des cellules cancéreuses par les nanoparticules de SQ-cisPt déclanche, par ailleurs, toute une série de mécanismes cellulaires comme la production de radicaux libres, l’activation des processus d’apoptose, des cascades cellulaires de stress kinases et l’accumulation de transcripts de métaux lourds.

La meilleure efficacité anti-tumorale a ensuite été montrée sur 3 modèles pré-cliniques de cancers colo-rectaux, dont l'un avec métastases(1). Le traitement par nanoparticules ne s’est accompagné d’aucune toxicité aux doses utilisées.

Plus de confort pour le patient

Comme l’administration des médicaments anticancéreux s’effectue généralement par voie intraveineuse, l’utilisation de nanotechnologies pour l’administration par voie orale contribue à la fois à l’amélioration du confort du patient et, contrairement à la voie intravasculaire, elle ne nécessite pas d’hospitalisation coûteuse.

Ces travaux ont été publiés dans la revue Cancer Research.

Note :

1. En l’occurrence sur la tumorigénèse spontanée des souris ApcMin/+, la carcinogénèse chimioinduite à l’azoxymethane et la dissémination métastasique hépatique d’une tumeur colorectale orthotopique

Contact : Patrick Couvreur – Institut Galien (UPSud/CNRS) – patrick.couvreur@u-psud.fr

Référence
Larissa Kotelevets, Eric Chastre, Joachim Caron, Julie Mougin, Gérard
Bastian, Alain Pineau, Francine Walker,Therese Lehy, Didier Desmaële, Patrick Couvreur, “A squalene-based nanomedicine for oral treatment of colon cancer”, Cancer Research, DOI: 10.1158/0008-5472.CAN-16-1741 (2017)

Dernière modification le 9 juin 2017