Deux prises de sang pour prédire l’efficacité d’un traitement du cancer du poumon

Par Gaëlle Degrez / Publié le 2 mai 2017

Certains patients atteints d’un cancer du poumon sont porteurs d’une anomalie génétique particulière.  Des chercheurs de Gustave Roussy, de l’Inserm et de l’Université Paris-Sud pourraient leur apporter un peu d’espoir. Ils viennent en effet de démontrer que deux prises de sang suffiraient à prédire l’efficacité du traitement à leur administrer.

Près de 40 000 nouveaux cas de cancer du poumon sont diagnostiqués chaque année dans l’Hexagone. Le cancer du poumon est en effet l’un des cancers les plus répandus et surtout l’un des cancers dont le pronostic vital est le plus engagé. Ces cancers se divisent en deux grandes familles, différenciées en fonction de la nature des cellules tumorales : les cancers « à petites cellules » et les cancers « non à petites cellules ». Ces derniers représentent 80% des cancers du poumon.

Des patients atteints d’une anomalie génétique

Parmi les patients atteints par un cancer du poumon de type « non à petites cellules » (CBNPC), 4% d’entre eux sont porteurs d’une anomalie génétique particulière, un réarrangement du gène ALK.

Disponible depuis 2011, le crizotinib est le traitement standard pour ces patients, qui sont généralement jeunes et non-fumeurs.
«L’importance et la durée de la réponse au crizotinib est impossible à prévoir et l’apparition d’une résistance est très variable selon les patients, de quelques mois à plusieurs années. Aujourd’hui il n’y a aucun moyen de distinguer les patients qui vont avoir une réponse durable de ceux qui vont résister précocement. Identifier un biomarqueur est un fort enjeu pour eux car d’autres traitements ciblant la résistance au crizotinib ont été développés » explique Françoise Farace, directrice de la plateforme cellules circulantes rares à Gustave Roussy.

Mesurer la variation du nombre de cellules tumorales circulantes

Les chercheurs viennent de démontrer que l’on peut désormais prédire l’efficacité du crizotinib grâce à deux simples prélèvements sanguins. Deux prises de sang (avant et 2 mois après le début du traitement) permettent en effet de mesurer la variation du nombre de cellules tumorales circulantes.

Présentes dans le sang en faible quantité, les cellules tumorales circulantes ou CTC peuvent être isolées des autres éléments sanguins et analysées. Leur analyse est plus complexe que le séquençage de l’ADN circulant, mais elles peuvent apporter des informations plus complètes. En l’occurrence, elles sont porteuses de l’anomalie génétique et du nombre anormal de copies du gène ALK.

Les 39 patients inclus dans l’étude menée par les scientifiques ont tous eu une prise de sang avant de débuter le crizotinib. Une deuxième prise de sang a été réalisée deux mois après chez 29 patients (les échantillons de sang de 10 patients suivis dans d’autres centres n’ont pas pu être analysés). Dans les deux prélèvements de sang, les chercheurs ont isolé les CTC dans lesquelles ils ont analysé le réarrangement de gène ALK ainsi que la présence d’un nombre anormal de copies de ce gène.

Les patients chez lesquels le nombre de CTC présentant une anomalie du nombre de copies du gène ALK diminue au cours des deux premiers mois de traitement, ont une survie sans progression significativement plus longue. La médiane de survie sans progression de la maladie était de 14 mois pour ces 13 patients,  et de 6 mois pour les 16 patients chez lesquels le nombre de ces cellules augmente ou est stable.

Prédire une survie sans rechute plus longue

Une diminution du nombre de CTC permet donc de prédire une survie sans rechute plus longue chez ces patients. Ces travaux illustrent le potentiel des CTC en tant que biopsie liquide.

« Ces résultats doivent être confirmés par d’autres études pour pouvoir être exploités en routine clinique. Dans ce cas, deux prélèvements sanguins suffiront à prédire l’efficacité du crizotinib chez ces patients alors que ni les biopsies tumorales qui sont invasives et pas toujours réalisables, en particulier sous traitement, ni l’ADN circulant, ni la seule analyse des CTC avant traitement ne le permettent » conclut Françoise Farace.

Référence
Cancer Research
http://cancerres.aacrjournals.org/content/77/9/2222
Circulating Tumor Cells with Aberrant ALK-Copy Number Predicts Progression-Free
Survival to Crizotinib in ALK-Rearranged Non-Small-Cell Lung Cancer Patients

Dernière modification le 2 mai 2017