Et si l’immunothérapie apportait un réel espoir dans la lutte contre Alzheimer ?

Par Gaëlle Degrez / Publié le 9 janvier 2017

Une équipe scientifique impliquant des chercheurs d’une unité mixte Inserm/CEA/UPSud(1) vient de démontrer qu’une molécule du système immunitaire était capable de contrôler l’inflammation dans les cellules du cerveau, en cause dans les maladies neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer. Les chercheurs ont ainsi réussi à rétablir des fonctions cognitives altérées, dont la mémoire, sur des modèles animaux.


Illustration des cellules nerveuses concept pour les maladies neurologiques des tumeurs et la chirurgie du cerveau. © ralwel / 123RF Banque d'images

En dynamisant les défenses naturelles de l’organisme, l’immunothérapie, qui a déjà montré son efficacité dans le domaine du cancer et des maladies auto-immunes, pourrait également avoir un intérêt majeur dans le traitement des maladies neurodégénératives. Tel est le résultat très encourageant que viennent d’obtenir les chercheurs de l’équipe « Thérapie génique, génétique, épigénétique en neurologie, endocrinologie, cardiologie et développement de l'enfant » (Inserm/CEA/UPSud).

De l’importance de comprendre le rôle du système immunitaire

Il existe de nombreuses interactions entre le système nerveux central et le système immunitaire. Les cellules du système immunitaire circulent dans le cerveau et peuvent jouer un rôle - direct ou indirect - dans les maladies neurologiques. Ainsi, un rôle direct est démontré dans la sclérose en plaques et un rôle indirect est retrouvé à travers l'inflammation. La neurodégénérescence entraîne une neuroinflammation qui contribue à amplifier la neurodégénérescence initiale, générant un cercle vicieux qui aggrave la pathologie.

Dans la maladie d'Alzheimer, le peptide amyloïde β (Aß) s'agrège dans les plaques séniles extracellulaires autour desquelles s’accumulent des astrocytes réactifs et des cellules microgliales activées. Ces cellules contribuent à dissoudre ces plaques et secrètent des cytokines qui régulent l'intensité de la réponse immunitaire du cerveau.

Le potentiel thérapeutique d’une molécule injectée

Or, des travaux récents ont montré que les souris déficientes en une molécule du système immunitaire appelée interleukine-2 (IL-2), ont des facultés d'apprentissage et de mémoire affaiblies qui rappellent la maladie d'Alzheimer (MA). Les chercheurs ont donc tout d'abord mis en évidence une diminution importante des taux d’IL-2 dans des biopsies cérébrales de patients décédés de la maladie d'Alzheimer. Cela les a conduits à évaluer le potentiel thérapeutique de cette molécule dans un modèle de maladie d'Alzheimer chez la souris.

Les souris ont été traitées à un stade où elles avaient déjà des atteintes cérébrales. Ce traitement chronique a induit une expansion et une activation des lymphocytes T régulateurs dans le cerveau, et entraîné une réduction des plaques amyloïdes.

Les chercheurs montrent que cette diminution de la « charge » amyloïde s’accompagne d’un important remodelage tissulaire marqué par une amélioration de la structure et de la fonction des synapses. Cette amélioration est synonyme de récupération des déficits de mémoire.

A venir, l’évaluation chez l’homme

Alors que les souris non traitées échouaient dans les tests de mémoire, les souris traitées avaient des résultats comparables aux souris normales. Ces effets bénéfiques sur les plaques amyloïdes et la plasticité synaptique s’accompagnent, autour des plaques, de l’activation des astrocytes, ces cellules dont le rôle protecteur a été identifié dans la maladie d’Alzheimer.

« Ce travail fait la preuve de l’intérêt des immunothérapies pour le traitement de la maladie d'Alzheimer, et notamment de l’intérêt de l’interleukine-2 », estiment les chercheurs. « Ce traitement s’attaque aux conséquences de la maladie, la perte des synapses et les symptômes cognitifs qui l’accompagnent. Son potentiel thérapeutique devra maintenant être évalué chez l’homme » concluent-ils.

 

Note :

1. En collaboration avec l’Unité mixte Inserm-Université Pierre et Marie Curie 959 « Immunologie,  immunopathologie, immunothérapie »

Référence
Interleukin-2 improves amyloid pathology, synaptic failure and memory in Alzheimer’s disease mice
Sandro Alves, Guillaume Churlaud, Mickael Audrain, Kristin Michaelsen-Preusse, Romain Fol, Benoit Souchet, Jerome Braudeau, Martin Korte, David Klatzmann, Nathalie Cartier-Lacave
Brain, http://dx.doi.org/10.1093/brain/aww330

Dernière modification le 9 janvier 2017