Cancer : connaître l’ADN d’une tumeur permet de mieux la traiter

Par Gaëlle Degrez / Publié le 6 avril 2017

Une étude clinique menée par une équipe scientifique impliquant des chercheurs de l’Université Paris-Sud vient de confirmer l’intérêt des thérapies ciblées. Les chercheurs ont montré que l’analyse du portrait moléculaire de la tumeur cancéreuse permet d’identifier la thérapie adaptée et d’améliorer le pronostic des patients face au cancer.

La médecine de précision réfléchit autrement la prise en charge des cancers. La tumeur n’est plus uniquement caractérisée par l’organe d’origine et par son stade d’évolution mais aussi par la nature des altérations moléculaires qu’on trouve dans son ADN ou son ARN. Une fois le portrait moléculaire dressé et les anomalies identifiées, les mutations dites actionnables orientent le choix du traitement vers la thérapie ciblée appropriée. Jusqu’à ce jour aucune étude clinique n’avait montré de bénéfice pour les patients.

Repérer les mutations génétiques à l’origine des tumeurs

L’étude baptisée MOSCATO (pour MOlecular Screening for Cancer Treatment Optimization) démontre pour la première fois l’efficacité de la médecine de précision pour les patients. «Les résultats de MOSCATO sont sans appel et tranchent en faveur des analyses génomiques pour optimiser les traitements du cancer  » commente le Pr Jean-Charles Soria, Chef du Département de l’Innovation Thérapeutique et des Essais Précoces (DITEP) de Gustave Roussy/Inserm U981/Université Paris-Sud « identification de nouvelles cibles thérapeutique en cancérologie ». Il ajoute « Dans cette étude nous avons établi la carte génétique tumorale de 843 patients ce qui représente l’analyse de milliers de gènes. Chez environ la moitié des patients nous avons trouvé des mutations contre lesquelles il est possible d’agir. Au final, environ un quart des patients a pu recevoir une thérapie ciblée et chez 33 % de ces patients la thérapie ciblée a freiné la maladie ».

Adapter le traitement pour un bénéfice clinique avéré

Cette étude  MOSCATO (pour MOlecular Screening for Cancer Treatment Optimization) s’est déroulée à Gustave Roussy entre novembre 2011 et mars 2016. Les 1035 patients inclus présentaient différents types de cancer et leur maladie continuait de progresser malgré les traitements. Les analyses moléculaires ont été réalisées à partir de biopsies tumorales sur la plateforme hospitalière de génétique de Gustave Roussy labellisée par l’Inca. Les résultats des analyses étaient discutés en comité pluridisciplinaire composé d’oncologues cliniciens, de biologistes et de bio-informaticiens pour une prise de décision thérapeutique.

« Maintenant que nous avons démontré un bénéfice clinique, nous cherchons à le quantifier en mois de vie gagnée dans le cadre d’une autre étude appelée SAFIR 02, promue par UNICANCER. Nous voulons également augmenter le nombre de patients qui pourraient bénéficier de la médecine de précision. C’est l’objectif de MOSCATO 02 où nous allons évaluer les portraits moléculaires établis à partir d’une prise de sang et de l’ADN circulant, mais aussi tenter de mieux comprendre les processus de résistance » conclut le Pr Soria.

Cancer Discovery :
High throughput genomics and clinical outcome in hard to-treat advanced cancers

Contact : Jean-Charles Soria - Professeur à la Faculté de médecine de Kremlin-Bicêtre, Université Paris-Sud, Chef du Service des Innovations Thérapeutiques Précoces. (SITEP), Institut Gustave Roussy

Dernière modification le 6 avril 2017