Trois jeunes chercheuses de l’Université Paris-Sud récompensées par une bourse l’Oréal-Unesco

Par Yves Drothier / Publié le 17 octobre 2017

Le 11 octobre 2017, la fondation l’Oréal a remis ses prix à 30 doctorantes ou post-doctorantes pour soutenir leurs travaux de recherche. Trois d’entre elles travaillent dans des laboratoires de l’Université Paris-Sud, dans les disciplines de la physique et de la chimie.

Elles font partie des jeunes chercheuses aux travaux prometteurs qui « chaque jour apportent leur pierre à l’édifice de la science de demain » selon le jury, présidé par l’Académie des Sciences. Elles ont été sélectionnées parmi 1000 candidates, et regroupées autour de quatre thématiques : « les mystères de nos origines », « la science au service de l’humanité », « à la recherche de nouveaux traitements », « une science connectée ».

Outre une aide financière et une mise en lumière, ces chercheuses ont pu recevoir une formation à la prise de parole en public et à la vulgarisation scientifique. Un moyen pour les organisateurs de mettre en avant la contribution des femmes à la science, alors que seulement 28% des chercheurs sont des femmes, et que seulement 3% des prix Nobel scientifiques leur ont été attribués.

 


© L'Oréal

Lucie Jarrige, Institut de Chimie des Substances Naturelles (Université Paris-Sud, CNRS)

De la chimie "verte" pour les médicaments de demain. La chimie, pilier du progrès industriel, joue un rôle crucial dans la conception des médicaments et notamment lors de la préparation du principe actif, étape appelée synthèse. 80% des médicaments comportent dans leur formule au moins un hétérocycle. Lucie Jarrige, doctorante à l’Institut de Chimie des Substances Naturelles (Université Paris-Sud, CNRS), concentre ses travaux de thèse sur le développement de nouvelles stratégies de synthèse de ces hétérocycles. Pour cela, la jeune chercheuse a mis au point une réaction chimique faisant intervenir plusieurs composants, de manière à obtenir en une seule étape des molécules complexes à partir de composés très simples. Cette réaction présente également un intérêt : elle est catalysée, c’est-à-dire accélérée, par l’énergie de la lumière, peu coûteuse. Une autre réaction développée par Lucie Jarrige a l’avantage de ne générer aucun déchet car tous les réactifs de départ sont intégrés dans le produit final, en une seule étape. La grande facilité de mise en place de cette deuxième réaction laisse envisager une possible industrialisation de ce procédé. « Ces nouvelles voies de préparation sont innovantes et originales, grâce à des chemins de synthèse très courts, sans déchets et impliquant des réactifs chimiques non toxiques. » L’objectif est de pouvoir à terme développer de nouvelles méthodes de préparation plus propres et respectueuses de la planète pour les médicaments de demain. C’est après un cancer des os au niveau du genou à 15 ans que Lucie Jarrige, championne du Monde handisport 2016 d’escalade, a décidé de poursuivre une carrière scientifique dans l’espoir de participer aux grandes avancées médicales de demain.


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Marijana Milicevic, Centre de Nanosciences et de Nanotechnologies (Université Paris-Sud, CNRS)

Lumière sur le graphène. Le graphène (découverte de 2004 récompensée par le prix Nobel de Physique en 2009) est le meilleur conducteur d’électricité connu à ce jour. Cette nouvelle classe de matériaux extrêmement fins constitués d’une couche unique d’atomes de carbones, possède des propriétés électroniques, optiques et mécaniques hors du commun qui vont potentiellement révolutionner le monde de la microélectronique. Pourtant, ces matériaux innovants qui captivent les physiciens restent difficiles à manipuler en laboratoire car leur étude nécessite une résolution expérimentale à l’échelle de l’infiniment petit, l’atome. Originaire de Belgrade en Serbie et actuellement doctorante au Centre des Nanosciences et de Nanostructures à Marcoussis, Marijana Milicevic a choisi de recréer ce matériau d’une nouvelle façon, en utilisant la lumière, dans un simulateur photonique. L’objectif de cet outil : utiliser les photons, particules constitutives de la lumière, pour recréer, en laboratoire, du graphène afin de l’étudier avec un meilleur contrôle. « Les photons du simulateur y sont confinés dans des structures de taille micrométrique, afin d’égaler ou de surpasser les propriétés électroniques particulières du matériau. » De façon remarquable, Marijana étudie des structures particulières du graphène, appelées « états de bord », intrinsèquement très stables, permettant d’assurer le transport sans dissipation d’énergie. Cette découverte pourrait aboutir à des systèmes informatiques hyperperformants (serveurs ou ordinateurs), plus robustes, stables et rapides.


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Émilie Tisserond, Laboratoire de Physique des Solides (CNRS, Université Paris-Sud)

Vers l'électronique de demain. Dans notre société hyper-connectée et guidée par la rapidité des échanges à l’échelle mondiale, l’amélioration et l’optimisation des outils électroniques n’ont pas de limites et représentent l’un des enjeux d’aujourd’hui. L’étude de nouveaux matériaux aux propriétés exotiques et originales, qui permettent d’envisager cette électronique plus performante, stimule actuellement de nombreux travaux de recherche. C’est notamment le cas de celui d’Émilie Tisserond, doctorante au Laboratoire de Physique des Solides de l’Université Paris-Sud. Elle s’intéresse à un matériau organique aux propriétés surprenantes : l’a-(BEDT-TTF)2I3. En effet, sous de très fortes pressions, la structure de ce matériau se modifie et « il se comporte comme une superposition de couches de graphène dénué d’impuretés », nous explique la jeune chercheuse. « Les électrons se meuvent alors dans ces plans parallèles, tous à une même vitesse, très rapidement et sans dispersion, semblables à des particules de lumière », poursuit-elle. Comprendre aujourd’hui d’un point de vue fondamental, à la fois par l’expérience et par l’analyse théorique, les propriétés et les processus en jeu dans cette physique nouvelle, c’est en rendre possible la maîtrise et conduire demain à des applications novatrices dans le domaine de l’électronique ultra-rapide. Émilie Tisserond, passionnée par la transmission du savoir scientifique, enseigne en parallèle de ses recherches aux étudiants de médecine, et physique fondamentale.

Dernière modification le 18 octobre 2017