"Il faut intensifier nos efforts pour protéger les espèces sauvages"

Par Gaëlle Degrez / Publié le 15 septembre 2016

C'est un cri d'alarme que vient de lancer un groupe international de biologistes parmi lesquels Paul Leadley, Professeur à l'Université Paris-Sud et chercheur au laboratoire Ecologie Evolution Systématique-ESE (UPSud/CNRS/AgroPariTech). Dans un article qui vient d'être publié dans la revue Science, les scientifiques appellent à une mobilisation mondiale pour améliorer les prévisions relatives aux effets des changements climatiques sur la biodiversité et plus particulièrement sur les espèces sauvages.


La diversité de la faune sauvage constitue une richesse fondamentale pour la planète. haywiremedia / 123RF Banque d'images

Les changements climatiques constitueront sans doute le plus grand défi à relever en matière de conservation de la biodiversité dans les prochaines décennies. Or les prévisions climatiques actuelles à l’égard de la biodiversité s’appuient sur des corrélations statistiques générales et peuvent varier considérablement, ce qui fait que les décideurs politiques et autres intervenants ont peine à réagir. Ces prévisions proposent souvent des hypothèses globales qui ne tiennent pas compte de l’ensemble des facteurs biologiques pouvant influer sur le taux de survie d’un organisme, soit la démographie des espèces, la concurrence avec d’autres organismes, la mobilité et la capacité d’adaptation et d’évolution.

Certaines espèces s'adapteront moins bien que d'autres

Il est crucial d’augmenter la fiabilité des prévisions pour soutenir les efforts de conservation déployés à l’échelle mondiale. Déjà, de nombreuses espèces se déplacent en altitude ou migrent vers les pôles à la recherche de températures plus fraîches au fur et à mesure que la température du globe augmente. Or, la capacité de survie varie énormément d’un organisme à un autre. Certaines espèces de grenouilles, par exemple, peuvent parcourir plusieurs kilomètres pour demeurer dans un milieu habitable, alors que d’autres animaux, comme certains types de salamandres, sont moins mobiles et n’arrivent à se déplacer que de quelques mètres au fil des générations.

Comme il existe plus de 8,7 millions d’espèces dans le monde, la cueillette de données biologiques nécessaires au raffinement des prévisions représente une tâche titanesque. Selon les biologistes, le prélèvement d’un échantillon des principales espèces serait déjà grandement utile. Grâce à des modèles plus sophistiqués, les scientifiques seront en mesure d’extrapoler leurs prévisions et de les appliquer aux multiples espèces qui présentent des caractéristiques semblables.

La nécessité de lancer une campagne mondiale

Par où commencer? Le principal défi consiste à repérer les espèces sur lesquelles centrer les efforts et les régions où allouer les ressources en priorité. Les biologistes réclament le lancement d’une campagne mondiale dirigée par la Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES [Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services]). L’IPBES agit sous l’égide de quatre entités des Nations Unies et se consacre à fournir de l’information scientifique aux décideurs politiques des différents pays. Plus d’un millier de scientifiques dans le monde contribuent actuellement aux travaux de l’IPBES à titre bénévole.

Contact : Paul Leadley - laboratoire Ecologie, Systématique et Evolution - ESE (UPSud/CNRS/AgroPariTech) - paul.leadley@u-psud.fr

Paul Leadley interviendra notamment le 13 octobre 2016 lors d'une conférence publique organisée par la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité. Lors de cette journée de débats, des scientifiques présenteront la façon dont leurs recherches ont évolué pour répondre aux questions sociétales posées par l’érosion de la biodiversité et le changement climatique, en participant notamment aux travaux du Giec et de l’IPBES.

Infos et inscriptions : http://www.fondationbiodiversite.fr/fr/fondation/evenements/evenements-frb/journeesfrb2016.html

Paul Leadley est professeur à l’Université Paris-Sud et chercheur au laboratoire Ecologie, Systématique et Evolution - ESE (UPSud/CNRS/AgroPariTech)

Il a été élu en 2013 membre du Groupe d’experts multidisciplinaire (GEM) de l’IPBES pour la région « Europe de l’Ouest et autres Etats ». Il est donc l’un des 25 experts du GEM dont la fonction est d’assurer la gouvernance scientifique et technique de l’IPBES, aux côtés et en complément du Bureau de l’IPBES, qui a en charge les matières administratives et procédurales.

 

Références
Pour consulter l’article « Improving the forecast for biodiversity under climate change » publié dans la revue Science : http://science.sciencemag.org/cgi/doi/10.1126/science.aad8466

Dernière modification le 21 septembre 2016