La structure de la matière interstellaire diffuse sondée avec une très grande finesse

Par Cécile Pérol / Publié le 13 juillet 2016

Sonder la structure de la matière interstellaire diffuse avec une très grande finesse, en combinant des observations obtenues depuis l'Espace avec les satellites Planck et WISE et au sol avec le Téléscope Canada-France-Hawaï (CFHT), vient d’être accompli par une équipe de chercheurs de l’Institut d’Astrophysique Spatiale (Université Paris-Sud/CNRS) et du Service d’Astrophysique du CEA.


Image optique en vraies couleurs du champ de cirrus obtenue avec la caméra MegaCam du CFHT. © CFHT

Cette étude a en particulier permis de déterminer sur une gamme d'échelles spatiales encore jamais atteinte (de 10 pc(1) à 0.01 pc) les propriétés de la turbulence du milieu interstellaire, site de formation des étoiles et des planètes.

L’innovation principale de ces travaux est l’utilisation d’un télescope optique (le CFHT) pour étudier la structure de la matière à très grande résolution spatiale, ce que ne permettent pas les observations classiques du milieu interstellaire effectuées dans l'infrarouge. Une cartographie directe des nuages de poussières - les cirrus - situés à juste quelques centaines de parsec(1) du Soleil a pu être réalisée en détectant la lumière diffusée par les grains interstellaires. Des techniques d'observation profonde et de traitement d'image spécifiques développées dans le cadre du Large Programme MATLAS du CFHT ont révélé cette lumière de très faible brillance. Elle se présente sous forme d'un réseau complexe de filaments de toutes tailles.

Le gain en résolution permet d'atteindre les échelles où s’effectue la dissipation d’énergie de la turbulence interstellaire. Comprendre le processus exact par lequel l’énergie cinétique se dissipe est primordial puisqu’il est au cœur de la formation des structures denses du milieu interstellaire où se forment ensuite les étoiles. Par exemple, des études récentes basées sur des observations infrarouges, avec le télescope spatial Herschel, de nuages moléculaires tendent à montrer qu’il existe des filaments ayant une taille transverse de 0.1 pc, peu importe leur masse. Ce fait observationnel a été attribué à l’échelle de dissipation de la turbulence via la diffusion ambipolaire (la friction entre les ions et les neutres).

Les chercheurs ont démontré que l’échelle de dissipation du milieu interstellaire diffus est plus petite que 0.01 pc, ce qui apporte des contraintes fortes sur le mécanisme exact responsable de cette dissipation.

L'émission optique des cirrus polluent nombre d'images optiques profondes initialement destinées à cartographier les structures stellaires diffuses qui entourent les galaxies massives. Cette étude démontre que cette composante renferme en fait des informations précieuses sur les processus physiques en jeu dans le milieu interstellaire de notre Voie Lactée.

Cette étude est publiée dans la revue Astronomy and Astrophysics : http://arxiv.org/abs/1605.08360

Notes

1 : Parsec : unité de longueur utilisée en astronomie

Dernière modification le 13 juillet 2016