Bourses L’Oréal-UNESCO : 4 jeunes chercheuses de Paris-Sud distinguées

Par Gaëlle Degrez / Publié le 14 octobre 2016

Quatre jeunes chercheuses de l’Université Paris-Sud figurent parmi les lauréates distinguées lors de la cérémonie de remise des bourses L’Oréal-UNESCO « Pour les Femmes et la Science » qui s’est tenue le 12 octobre 2016 à l’Institut Pasteur.


Les lauréates de l'édition 2016 des bourses L'Oréal-UNESCO. © Fondation l'Oréal

Depuis 2007, la Fondation L’Oréal soutient de jeunes chercheuses prometteuses. A travers son programme de Bourses L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science, en partenariat avec l’Académie des sciences et la Commission nationale française pour l’UNESCO, elle distingue des chercheuses qui ont en commun la qualité et le caractère novateur de leur projet scientifique, l’excellence de leur niveau académique et le désir de transmettre aux plus jeunes leur passion. Le jury, présidé cette année par le Professeur Bernard Meunier, Président de l’Académie des sciences, a sélectionné, parmi plus de 1000 candidatures, 17 doctorantes et 13 post-doctorantes dans divers domaines : biologie, mathématiques, chimie, électronique, sciences de l’univers... Deux doctorantes et deux post-doctorantes de l’Université Paris-Sud figurent parmi les 30 lauréates.

La spintronique, une électronique plus verte


Maëlis Piquemal, doctorante. © Fondation l'Oréal

Réduire les dépenses énergétiques des datas centers, ces centres de stockage de données informatiques dont le nombre est en augmentation continue, est un des enjeux environnementaux actuels. « Un data center de 10 000 m² consomme aujourd’hui autant qu’une ville de 50 000 habitants », rappelle Maëlis Piquemal. Ingénieure de l’École Centrale de Lyon et doctorante dans l’Unité Mixte de Recherche CNRS/Thales de l’Université Paris-Sud/Paris-Saclay, Maëlis Piquemal travaille sur une nouvelle manière pour transporter et traiter l’information binaire, plus performante, plus rapide et moins gourmande en énergie que l’électronique actuelle. Il s’agit de la spintronique, qui utilise le spin, une propriété quantique des électrons. Paradoxalement, bien que le stockage de l’information à partir du spin soit déjà réalisable (disques durs, etc…), le transport du spin reste extrêmement volatile. Pour le transporter sur une distance importante, Maëlis Piquemal explore les possibilités du graphène. « Cette couche de carbone monoatomique deux dimensions a ouvert de nouvelles opportunités pour la spintronique avec des propriétés de transport exceptionnelles », explique-t-elle. Des avancées vers une électronique plus verte, qu’elle a envie de partager avec le grand public. Dans le cadre de sa thèse, elle a déjà travaillé comme médiateur scientifique à la Cité des Sciences et de l’Industrie.

Des nanoparticules pour guérir


Anaëlle Foucault-Dumas, en post-doctorat à l'Institut Galien Paris-Sud (UPSud / CNRS). © Fondation l'Oréal

Comment diminuer les effets secondaires tout en augmentant l’efficacité des traitements? C’est l’enjeu des nanomédicaments, petites capsules qui transportent des médicaments là où leur action est nécessaire, évitant ainsi une diffusion dans tout le corps et d’éventuels effets secondaires. « Mais les nanomédicaments ne résolvent pas tout: il est difficile de mettre la substance active dans la capsule et son relargage n’est pas aussi précis qu’espéré », explique Anaëlle Foucault-Dumas, actuellement en post-doctorat à l’Institut Galien Paris-Sud (UPSud/CNRS). Pour pallier à cette difficulté, Anaëlle a décidé de se passer des capsules au profit de nanoparticules de palladium. Même taille... mais au lieu de larguer une molécule thérapeutique, les nanoparticules viennent attacher un marqueur signifiant « à détruire » en langage cellulaire sur certaines protéines incriminées dans une maladie. Un moyen efficace dont « les effets secondaires seraient ainsi limités », rapporte Anaëlle Foucault-Dumas. La chercheuse teste actuellement cette approche innovante sur la thyroglobuline, protéine qui, en excès, est responsable de maladies graves comme l’hyperthyroïdie. Cependant, les applications peuvent aussi bien s’envisager dans les cellules cancéreuses. « En cas de succès, cette approche constituerait une technologie de rupture dans le champ émergeant de la nanomédecine », conclut la chercheuse, qui travaille chaque jour à repousser les limites de nos connaissances.

Hypertension artérielle pulmonaire : une question de nez


Audrey Courboulin, en post-doctorat au sein de l'unité Inserm UMR_S 999 de l'Université Paris-Sud / Paris-Saclay. © Fondation l'Oréal

L’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) est une maladie grave, à prédominance féminine, qui conduit à une défaillance cardiaque dont 40% des patients décèdent dans les 5 ans post-diagnostic. Trouver de nouvelles pistes thérapeutiques est un véritable enjeu de santé publique. Face à cette urgence, Audrey Courboulin a décidé d’explorer une voie originale. Cette chercheuse en post-doctorat au sein de l’unité Inserm UMR_S 999 de l’Université Paris-Sud / Paris Saclay est partie du fait qu’il était possible à l’aide d’un nez artificiel électronique de dépister l’hypertension artérielle pulmonaire. Ce nez électronique détecte des composés volatiles de l’haleine des patients, composés qui pourraient interagir avec les récepteurs olfactifs exprimés dans les cellules vasculaires pulmonaires. « L’hypothèse de mon projet de recherche est que ces récepteurs pourraient être impliqués dans le développement de l’hypertension artérielle pulmonaire, comme ils le sont dans les cancers. Ces deux pathologies présentent d’ailleurs des mécanismes communs. Si nous pouvons le démontrer, un mécanisme physiopathologique inédit de cette maladie sera démontré, ce qui pourrait avoir un impact important pour les patients », déclare Audrey Courboulin. Très motivée par ces applications médicales dans cette maladie grave et incurable, la chercheuse complète son cursus scientifique par des études de médecine, avec l’objectif de devenir médecin pneumologue. Cette double casquette augmentera encore son expertise.

Les protéines mises à nu


Cornelia Ziegler, doctorante au sein du Laboratoire Chimie Physique de l'Université Paris-Sud / Université Paris-Saclay / CNRS. © Fondation l'Oréal

Bien connaître les caractéristiques et les interactions des protéines est la clé pour identifier les points d’actions de futurs médicaments, et à terme apporter des solutions thérapeutiques innovantes aux patients. Pharmacienne, Cornelia Ziegler a décidé de suivre cette approche en étudiant sous toutes ses coutures une enzyme, la NADPH oxydase, spécialisée dans la production des formes réactive de l’oxygène. Ce choix a été fait car le dysfonctionnement de cette protéine a été associé à de nombreuses maladies, dont des maladies inflammatoires. « Pendant ma thèse, j’ai marqué les sous-unités de cette enzyme pour caractériser qualitativement et quantitativement leurs interactions en cellules vivantes avec plusieurs techniques innovantes d’imagerie », révèle Cornelia Ziegler, doctorante au sein du Laboratoire Chimie Physique de l’Université Paris-Sud/Université Paris-Saclay/CNRS. Grâce aux résultats obtenus, elle a pu construire un modèle tridimensionnel qui suggère de nouveaux modes d’interactions et de nouvelles fonctions des sous-unités de cette enzyme lors de son passage du repos à l’état actif. Désormais, elle s’attache à comprendre comment réguler l’activité de cette enzyme, et corriger ses dysfonctionnements, grâce à une recherche pluridisciplinaire alliant imagerie, pharmacologie et biologie.

Dernière modification le 14 octobre 2016