Face à la pollution, ne les prenez pas pour des pigeons !

Par Gaëlle Degrez et Nicolas Plantey / Publié le 6 janvier 2016

Loin d'être, comme on aurait pu le penser, ralentis par les effets délétères de la pollution, les pigeons adopteraient une tactique rusée en accélérant leur vitesse pour traverser plus vite la zone polluée. C'est ce que vient de démontrer une équipe du Laboratoire d’Ecologie, Systématique et Evolution – ESE- (Université Paris-Sud / CNRS / AgroParisTech) en s'appuyant sur les données d'une association chinoise de surveillance de ces volatiles.

Devant les épais brouillards de pollution, provoquant maladies cardiaques, cancer du poumon et hausse de la pression sanguine, l'homme se protège comme il peut. Malheureusement, les masques anti-pollution, les alertes des autorités sanitaires et autres mesures ne sont d'aucun secours pour les espèces animales.

Qu'à cela ne tienne, l'équipe scientifique du Laboratoire ESE a découvert à sa grande surprise que loin d'être passifs face au danger, les pigeons avaient adopté un comportement qui leur permet d'éviter l'exposition aux éléments toxiques et le manque de visibilité pouvant faciliter leur prédation. En étudiant les statistiques fournies par une association chinoise s'intéressant à cette population de volatiles, les chercheurs ont constaté qu'au contact de la pollution, les pigeons accélèrent de 22,7 % leur vitesse de croisière en moyenne.

Un système bien connu

Pour les chercheurs, les mécanismes de navigation des pigeons sont déjà bien connus. Il a, en effet, déjà été prouvé qu'ils utilisent d'une part la position du soleil et les champs magnétiques comme boussole, d'autre part des indices visuels et olfactifs pour se représenter une carte. Si la pollution a un effet sur ce système de guidage olfactif, d'autres études seront nécessaires pour identifier les composants chimiques qui augmentent cette perception et leurs liens avec la pollution.

En utilisant des données publiques provenant de 415 courses de pigeons qui se sont tenues entre 2013 et 2014 dans la Grande plaine de Chine du Nord (une région à l'air considérablement pollué), les scientifiques ont mesuré la vitesse de course des pigeons (qui rentraient vers leurs cages). Ces données récoltées par l'Association chinoise des pigeons de course ont permis de comparer, sur des distances de moins de 470km, la vitesse moyenne en fonction des conditions de vol.

Des données à contre-pied

Alors que l'équipe de recherche prévoyait un ralentissement des pigeons, les résultats ont montré que plus le niveau de pollution de l'air était élevé, plus ils retournaient vite chez eux. En effet, les chercheurs ont noté quatre variables principales qui modifient la vitesse des volatiles : au même titre que la distance, la direction du vent et les conditions climatiques, la qualité de l'air explique en partie ces variations.

D'après l'équipe de recherche, leur modèle de prévision basé sur ces quatre piliers permet d'expliquer 96,4% des résultats. Contrairement à une idée reçue, la température n'a pas une grosse influence sur la vitesse des pigeons. Des résultats d'autant plus inattendus que la brume de pollution réduit la visibilité et nuit à la santé. Par exemple, l'accumulation de lourds métaux et de particules fines détruit le foie et les poumons, ce qui selon les chercheurs aurait dû réduire la performance de vol. De plus, le système de navigation des oiseaux, qui repose en partie sur des repères visuels et olfactifs, devrait être détérioré par les interférences des particules et le manque de visibilité. Les pigeons conscients du danger accéléreraient pour réduire cet inconfort.

« S'ils s'avère que les animaux ont conscience de la pollution de l'air, de son impact néfaste et changent leur comportement pour l'éviter, peut-être devrait-on suivre cet enseignement de la nature et changer nous aussi nos comportements » conclu Franck Courchamp, directeur de recherche CNRS à l'Université Paris-Sud.

Référence : Zhongqiu Li1, Franck Courchamp, Daniel T. Blumstein ; Pigeons home faster through polluted air ; Scientific Report : 5, 18989 ; 5 janv 2016

Contact : Franck Courchamp – Laboratoire Evolution Systématique et Evolution – ESE (Université Paris-Sud/ CNRS/AgroParisTech)

Dernière modification le 6 janvier 2016