Des chercheurs s’attaquent aux cellules souches cancéreuses

Par Laura Levitte / Publié le 4 avril 2016

Un nouveau moyen d’atteindre et de traiter spécifiquement les cellules souches cancéreuses ? C’est la découverte prometteuse que vient de faire l'équipe d'Elias Fattal, Professeur à la Faculté de Pharmacie de l’Université Paris-Sud et Directeur l’Institut Galien Paris-Sud (UPSud/CNRS).

Habituellement, les traitements anticancéreux visent à prévenir la prolifération des cellules malades et les métastases. Néanmoins, de nombreuses zones d’ombre persistent notamment sur les causes des résistances aux médicaments et les rechutes.
Une des explications serait l’existence de cellules cancéreuses agissant comme des cellules souches,  appelées cellules souches cancéreuses (CSC). Ces cellules seraient plus résistantes et à l’origine de proliférations de nouvelles CSC ou de cellules cancéreuses classiques, entraînant l’apparition de nouvelles tumeurs.

Un levier d’action à explorer

Le postulat de l’équipe de recherche de l’Institut Galien Paris-Sud est qu’en agissant directement sur ces cellules, les potentiels thérapeutiques en cancérologie seraient décuplés.

L’analyse de la surface de ces cellules a permis de mettre en évidence la présence de récepteurs qui leurs sont spécifiques comme CD133, EpCAM et CD44. Parmi ces récepteurs, la glycoprotéine de surface CD44 est la plus commune et est présente dans beaucoup de tumeurs (colon, sein, pancréas, cerveau, gorge…). Elle joue un rôle primordial dans la communication des cellules souches cancéreuses avec leur environnement (autres cellules ou matrice extracellulaire) et collaborent avec les autres protéines de surface dans les processus cellulaires tels que la prolifération, la migration ou encore la croissance.

La CD44 représente alors le levier idéal pour atteindre les cellules souches cancéreuses et obtenir un traitement contre le cancer plus efficace.

Les nanotechnologies contre le cancer

Les chercheurs de l’Institut Galien Paris-Sud ont mis en évidence que les CD44 se liaient très facilement avec certains fragments d’ARN (proche de l’ADN) : les aptamères. Spécialistes des nanotechnologies appliquées au médicament et au diagnostic, les chercheurs ont  eu l’idée d’utiliser la technique de nano-vectorisation pour cibler les CSC.

Ils ont greffé des aptamères sur des vésicules lipidiques (liposomes) contenant des molécules thérapeutiques, qui sont naturellement capturées par les cellules, rendant alors ce complexe particulièrement apprécié des CSC. Les aptamères du complexe se lient alors aux CD44 des cellules souches cancéreuses qui capturent le liposome dont le contenu est libéré à l’intérieur.

Les résultats ont été probants, révélant une plus grande capture du complexe aptamères-liposome par les cellules souches cancéreuses que les cellules cancéreuses classiques. Une découverte très encourageante dans les potentiels thérapeutiques contre le cancer !

Référence
W. Alshaer, H. Hillaireau, J. Vergnaud, S. Ismail & E. Fattal
Functionalizing Liposomes with anti-CD44 Aptamer for Selective Targeting of Cancer Cells
Bioconjugate Chem. 2015, 26 (7), pp 1307–1313
DOI: 10.1021/bc5004313

Contact
Elias Fattal - Institut Galien Paris-Sud (UPSud/CNRS) elias.fattal @ u-psud.fr

Dernière modification le 4 avril 2016