Découverte d’un gène associé à la radiosensibilité

Par Cécile Pérol / Publié le 25 mars 2016

Des chercheurs du CEA, en collaboration avec l’Inserm, l’Université Paris-Sud et des partenaires internationaux, ont montré le lien entre l’expression d’un gène impliqué dans la mort cellulaire et la radiosensibilité de certains lymphocytes. Deux de ces formes génétiques ont été liées à de graves complications cutanées chez des femmes atteintes de cancer du sein et traitées par radiothérapie. Ces résultats, publiés sur le site Oncotarget le 16 mars 2016, laissent envisager la possibilité d’une personnalisation de la radiothérapie.


Photo d’une manipulation en cytométrie en flux. Cette technique a permis, de classer les lymphocytes T4EM. © P.Stroppa / CEA

Les lymphocytes T4EM1 sont des lymphocytes constituant une partie de la « mémoire » du système immunitaire d’un individu. En utilisant un test simple de radiosensibilité de ces cellules chez 373 personnes, les chercheurs ont montré qu’en absence d’irradiation, le gène TRAIL3 , qui régule la mort cellulaire, était fortement exprimé dans les lymphocytes T4EM radiosensibles, et peu exprimé dans les lymphocytes T4EM radiorésistants. Par des études fonctionnelles, ces chercheurs ont montré que le récepteur de la protéine TRAIL était activé après irradiation, et que l’interaction entre TRAIL et son récepteur provoquait la mort des lymphocytes T4EM. Ces résultats expliquent la corrélation entre le niveau d’expression de TRAIL dans les lymphocytes T4EM et leur radiosensibilité.

Vers une personnalisation des radiothérapies

L’étude du lien génétique entre TRAIL et la radiosensibilité des lymphocytes T4EM a permis d’identifier trois polymorphismes nucléotidiques (Single Nucleotide Polymorhisms, ou SNP) de ce gène liés à la radiosensibilité de ces lymphocytes ce qui indique que cette radiosensibilité est génétiquement déterminée. Enfin, l’étude d’une cohorte de 113 patientes atteintes de cancer du sein et présentant des complications après un traitement par radiothérapie, a montré une association entre deux des SNP du gène TRAIL et la survenue de la radiodermite aigüe ou subaigüe après radiothérapie. Cette étude pionnière montre comment la génétique, associée à des tests fonctionnels de radiosensibilité cellulaire, peut ouvrir une voie à la personnalisation de la dose délivrée lors du traitement d’un cancer par radiothérapie.


Schéma du lien mis à jour par l’équipe entre la radiosensibilité d’un individu et la forme génétique (polymorphisme) du gène TRAIL. Ce gène exprime une protéine qui va se lier à un récepteur particulier, DR5, déclenchant la mort de la cellule (apoptose). L’équipe a découvert, en étudiant spécifiquement les lymphocytes T4EM (rose), que les différentes formes génétiques de TRAIL impactent le niveau d’expression de la protéine, en plus forte concentration chez les individus radiosensibles que chez les résistants. Conséquence : soumise à une irradiation, la cellule où TRAIL est fortement concentré (gauche) aura une tendance plus forte à déclencher sa mort cellulaire, origine de la radiosensibilité de l’individu. © CEA

Références : “TNFSF10/TRAIL regulates human T4 effector memory lymphocyte radiosensitivity and predicts radiation-induced acute and subacute dermatitis“, Jan Baijer et. al., Oncotarget, Mars 2016, doi: 10.18632/oncotarget.7893

Dernière modification le 25 mars 2016