DALLOL, aux origines de la Vie

Par Anaïs Vergnolle / Publié le 23/11/2016

Des formes de vie peuvent-elles se développer et se reproduire là où tout semble s’opposer à leur existence ? C’est la question à laquelle tente de répondre l’équipe « Diversité, Ecologie et Evolution Microbienne » (DEEM) du laboratoire Ecologie, Systématique et Evolution » ESE- (UPSud/CNRS/AgroParisTech), en étudiant la biodiversité microbienne du site hydrothermal Dallol, en Ethiopie.


Photographie du site d'étude à Dallol, en Ethiopie. © Olivier Grunewald

L’enfer de Dallol

Situé au nord de l’Éthiopie dans le désert de Danakil, Dallol est un site unique au monde qui réunit les conditions les plus extrêmes sur Terre. Fruit de l’interaction entre la chaleur d’une poche magmatique et des eaux des hauts plateaux infiltrées en profondeur, son territoire est parcouru par des centaines de sources chaudes, de geysers gazeux, de montagnes de sel et de soufre et de lacs acides. Avec pour toile de fond des couleurs étranges et époustouflantes allant du rouge ocre au jaune et vert fluo.

C’est cet environnement extrême et ce paysage hors du commun qu'une équipe internationale et pluridisciplinaire composée de microbiologistes (Púrificación López-García, David Moreira et Ludwig Jardillier, Université Paris-Sud ; Ana Isabel López-Archilla, Université autonome de Madrid, Espagne), géologue (José Maria López-García, Institut de Géologie et minéralogie d'Espagne, Espagne) et  cristallographe (Juan Manuel García-Ruiz, CSIC, Université de Grenade, Espagne) est partie explorer.

Une première internationale

Début 2016, une équipe de scientifiques part donc explorer ce concentré de chaleur, de sel et d’acidité qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. C’est la première fois que des biologistes s’intéressaient à Dallol, longtemps isolé par les guerres et donc très peu étudié.

Olivier Grünewald, photographe de nature, est à l’initiative de la mission. Après s’être rendu plusieurs fois sur le site, il interroge la communauté scientifique sur l’existence de formes de vie dans ce milieu hostile. C’est ainsi qu’il rencontre Púrificación López García et David Moreira, microbiologistes des environnements extrêmes, ainsi que Ludwig Jardillier écologue microbien, tous les trois chercheurs au Laboratoire Ecologie, Systématique et Evolution – ESE (UPSud/CNRS/AgroParisTech). Ensemble, ils partent collecter et explorer la diversité microbienne des écosystèmes aux conditions multi-extrêmes de Dallol.

Des traces de vie découvertes

Une fois prélevés, les échantillons du site désertique sont ramenés dans les laboratoires partenaires, dont le laboratoire ESE. Tous les paramètres physico-chimiques, température, acidité, salinité, concentration en oxygène dissous, sont mesurés. Les échantillons sont ensuite mis en culture pour tenter d’isoler les bactéries extrêmophiles.

Les premières analyses moléculaires sont concluantes : plusieurs séquences d’archées divergentes sont détectées. La vie pourrait donc être possible dans cet environnement pourtant des plus extrêmes. La découverte de formes de vie adaptées à ces conditions hostiles est fondamentale. Elle pourrait nous renseigner sur les origines de la vie sur Terre puisque le site Dallol ressemble à ce que pouvait être notre planète il y 3,5 milliards d’années quand la vie est apparue, avec ses volcans et ses sources d’eau chaude. On pourrait même en apprendre plus sur des planètes encore inexplorées !

Un site en danger

L’analyse des échantillons collectés doit encore se poursuivre sur plusieurs années et a commencé dans le cadre de la thèse de Jodie Belilla au sein de l’équipe DEEM. D’autres missions à Dallol sont également prévues. Ce site se trouve cependant menacé par un projet d’extraction de la potasse, un minerai salin utilisé comme engrais. L’urgence est donc de sensibiliser les autorités éthiopiennes sur la nécessité de préserver Dallol.

Púrificación López García rappelle que cette protection constitue un enjeu scientifique majeur : « Si l’on identifie de nouveaux organismes et que l’on repousse les limites de la vie sur Terre, cela nous permettra de connaître les spectres physicochimiques dans lesquels la vie a pu se développer lorsque la Terre était encore très chaude et riche en activités hydrothermales. Et pourquoi pas d’envisager la vie sur des exoplanètes dont l’environnement ressemble à celui de Dallol ».

Cette mission a donné lieu à un superbe documentaire. « Dallol, aux frontières de la vie », réalisé par Olivier Grunewald (Production Camera Lucida/ Ushuaïa TV, CNRS Images). 52 minutes à vous couper le souffle ! Plusieurs diffusions sont prévues, notamment sur TV5 monde. Surveillez vos programmes télé !
Pour découvrir la bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=cbJKXKE43ew

 

Contacts :
Púrificación López García – Laboratoire Ecologie Systématique et Evolution – ESE (UPSud/CNRS/AgroPariTech) – puri.lopez@u-psud.fr (puri.lopez @ u-psud.fr)
Ludwig Jardillier - Laboratoire Ecologie Systématique et Evolution – ESE (UPSud/CNRS/AgroPariTech)- ludwig.jardillier @ u-psud.fr
David Moreira - Laboratoire Ecologie Systématique et Evolution – ESE (UPSud/CNRS/AgroPariTech) – david.moreira @ u-psud.fr

Dernière modification le 29 novembre 2016