Ces bactéries intestinales qui boostent l’efficacité des chimiothérapies

Par Gaëlle Degrez / Publié le 10 octobre 2016

Deux espèces bactériennes présentes dans l’intestin boostent l’efficacité de certaines chimiothérapies utilisées dans le traitement de nombreux cancers. C’est ce que vient de révéler une étude impliquant des chercheurs de l’Unité Immunologie des tumeurs et immunothérapie (Inserm/Institut Gustave Roussy/Université Paris-Sud).


Souche de bifidobactérie isolée de la microflore intestinale. © Inserm/U510

Des études récentes ont montré que certains microbes intestinaux favorisent la croissance de tumeurs, tandis que d’autres contribuent à rendre plus efficaces des traitements anti-cancéreux. Il restait à identifier la nature et le mode d’action des espèces bactériennes capables d’optimiser la réponse anti-tumorale induite par la chimiothérapie.

Deux bactéries identifiées

Dans une nouvelle étude, Mathias Chamaillard (1), Laurence Zitvogel (2) et leurs collaborateurs, ont montré que deux bactéries intestinales, E. hirae et B. intestinihominis, potentialisent ensemble les effets thérapeutiques anticancéreux du cyclophosphamide, une chimiothérapie utilisée dans le traitement de nombreux cancers.

Une réponse immunitaire bénéfique pour le patient

La chimiothérapie entraine des effets secondaires parmi lesquels une plus forte porosité de la barrière intestinale et, par voie de conséquence, le passage des bactéries constitutives du microbiote dans la circulation sanguine. Pour lutter contre ce passage anormal des bactéries dans la circulation, une réponse immunitaire se déclenche.

Contre toute attente, cette réponse est bénéfique pour les patients car elle peut entraîner aussi la destruction des cellules tumorales. La tumeur est donc attaquée directement par le traitement de cyclophosphamide et indirectement par cet effet « boostant » des bactéries.

Des interactions complexes

Plusieurs modèles précliniques ont permis aux chercheurs de démontrer que la réponse immunitaire anti-tumorale induite par le cyclophosphamide est optimisée après l’administration par voie orale de E. hirae. Un traitement par voie orale par B. intestinihominis a permis d’obtenir un effet similaire.

Ensuite, les chercheurs ont analysé le profil immunitaire des lymphocytes sanguins de 38 patients atteints d’un cancer du poumon ou de l’ovaire à un stade avancé et traités par chimio-immunothérapie. Ils ont découvert que la présence de lymphocytes T mémoires spécifiques de E. hirae et B. intestinihominis permet de prédire la période pendant laquelle un patient vit avec un cancer sans qu’il ne s’aggrave, pendant et après un traitement.

Vers une meilleure efficacité des traitements

« L’efficacité d’un médicament anticancéreux repose sur une interaction complexe entre le microbiome du patient et sa capacité à élaborer une mémoire immunitaire efficace contre certaines bactéries du microbiote intestinal », expliquent les auteurs de l’étude. Avant de conclure : « ces résultats nous permettent d’envisager une meilleure efficacité de ces traitements en optimisant l’utilisation des antibiotiques, mais également par la mise en place d’une supplémentation de certaines bactéries qualifiées d’onco-microbiotiques (ou de leurs principes actifs) capables de renforcer l’efficacité des anticancéreux ».

Contact : Laurence Zitvogel – Directrice de l’Unité Immunologie des tumeurs et immunothérapie (Inserm/Institut Gustave Roussy/Université Paris-Sud) – laurence.zitvogel @ igr.fr

Notes :

1.  Unité 1019 « Centre d’infection et d’immunité de Lille » (Inserm/CNRS/Université de Lille/Institut Pasteur de Lille)
2.  Unité 1015 « Immunologie des tumeurs et immunothérapie » (Inserm/Institut Gustave Roussy/Université Paris-Sud)

Référence :
Enterococcus hirae and Barnesiella intestinihominis Facilitate CyclophosphamideInduced Therapeutic Immunomodulatory Effects
http://www.cell.com/immunity/supplemental/S1074-7613(16)30378-8

Dernière modification le 10 octobre 2016