Adieu Rosetta, adieu Philae, et merci pour tout !

Par Gaëlle Degrez / Publié le 29 septembre 2016

Clap de fin d’une saga interstellaire qui a tenu le public du monde entier en haleine : vendredi 30 septembre 2016, la sonde spatiale Rosetta achèvera sa mission en s’écrasant sur la comète Tchouri qu’elle scrute depuis plus de deux ans. Un « acométissage » définitif et fatal avec à la clé un dernier lot de données et d’images inédites.


© CIVA: ESA/Rosetta/Philae/CIVA; NAVCAM: ESA/Rosetta/NAVCAM – CC BY-SA IGO 3.0; OSIRIS: ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA; ROLIS: ESA/Rosetta/Philae/ROLIS/DLR

Ils seront réunis ce vendredi 30 septembre dans leur laboratoire de l’Institut d’Astrophysique Spatiale – IAS (CNRS/UPsud). Les équipes de l’IAS qui ont participé à cette aventure scientifique - pour certains depuis l’origine du projet il y a près de 30 ans et veillé sur elle depuis douze ans - vont certainement éprouver un pincement au cœur lorsque la sonde Rosetta va s'écraser lentement et délibérément sur la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko. Cette opération délicate pourra être suivie en direct à partir de 13h sur le site web de l'Agence spatiale européenne (ESA). La confirmation du contact est attendue aux alentours de 13h20, le signal radio mettant près de 40mn pour parcourir les quelques 700 000 millions de km qui séparent la comète de la Terre.

Une fin programmée

Lancée le 2 mars 2004, Rosetta a parcouru le Système solaire pendant dix ans avant d’arriver à destination, le 6 août 2014, et de larguer l’atterrisseur Philae sur la surface de la comète, le 12 novembre 2014. Elle a ensuite passé deux années aux côtés de la comète et transmis une multitude d’informations scientifiques sans précédent au moment de leur passage au plus près du Soleil. Mais le périple de Rosetta touche aujourd’hui à son terme : la sonde, qui n’a jamais été aussi loin du Soleil ne dispose bientôt plus de l’énergie solaire nécessaire à son fonctionnement. Pourquoi ne pas avoir attendu qu’elle se retrouve à nouveau plus près du soleil pour recharger ses batteries ? « Parce qu’elle va aller au-delà de l’orbite de Jupiter (plus loin qu’elle n’a jamais été), et il n’y aura pas assez d’énergie pour même maintenir en survie les systèmes. Et pas assez d’ergols [ndlr : source d'énergie utilisée dans l'espace] pour partir explorer ailleurs » nous explique Jean-Pierre Bibring, Professeur à l’Université Paris-Sud, astrophysicien à l’IAS et responsable scientifique de Philae.

Un ultime baiser

Les scientifiques ont donc décidé de mettre fin à cette odyssée incroyable tant qu’ils contrôlent encore la sonde. Vendredi 30 septembre à 11h20 temps universel (13h20 heures de Paris) +/- 20 minutes, la Salle de contrôle principale de l’ESA confirmera la fin de la mission de Rosetta, qui aura amorcé la veille au soir sa trajectoire pour parcourir les quelques 20 km qui la séparent de la comète. Pendant la descente, sept des onze instruments de l'orbiteur seront allumés. Quitte à s’écraser, Rosetta va en profiter pour récupérer un maximum de données et notamment pour analyser les gaz et les poussières plus près que jamais de la surface cométaire ; elle enverra également des images à très haute résolution du noyau, y compris des puits à ciel ouvert de la région baptisée Ma’at, vers laquelle Rosetta doit plonger en vue d’un impact contrôlé.

L'histoire de Rosetta aura été digne d'un feuilleton. On se souviendra notamment des rebonds du petit robot qui s’est retrouvé coincé sur un autre site d’atterrissage que celui prévu. Mais la mission a d’ores et déjà porté ses fruits au-delà même des espérances de ses concepteurs. Et l’aventure scientifique ne s’arrête pas là puisque les données accumulées par Rosetta vont donner du travail aux scientifiques pendant encore plusieurs années. Et plus particulièrement en ce qui concerne Philae : «nous allons poursuivre l’analyse des données recueillies sur le site d’atterrissage de Philae ainsi que celle des dernières images obtenues avec la caméra CIVA. A partir de là nous pouvons effectuer des simulations pour essayer de comprendre comment a pu se former ce site, quels sont les processus physiques qui ont pu en modeler la topographie » détaille François Poulet, astronome à l’IAS. Et pour la suite ? « A l’IAS, Nous travaillons déjà sur un deuxième Philae, plus performant, capable notamment de faire des sauts contrôlés cette fois, qui permettent de sonder le noyau de sa future comète d’adoption. C’est un projet qui est proposé dans le cas d’un des appels d’offres de l’ESA. Nous parlons là d’un projet à l’horizon 2030». Rendez-vous est pris !


activité de la comète de juillet à septembre 2015. © OSIRIS: ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA; NavCam: ESA/Rosetta/NavCam – CC BY-SA IGO 3.0

L'Institut d'Astrophysique Spatiale (IAS – CNRS/UPSud) au coeur de la mission Rosetta
Jean-Pierre Bibring (IAS – CNRS/UPSud) est le responsable scientifique de Philae. Les caméras CIVA (Comet Infrared and Visible Analyser) ont été développées sous la responsabilité de l’IAS, en collaboration avec le Laboratoire d'Astrophysique de Marseille. Elles ont été conçues pour réaliser un panorama complet (incluant une vue stéréoscopique) une fois Philae posé, ainsi que des images microscopiques (visibles et infrarouges) du matériau cométaire. L’IAS a aussi une contribution importante (co-PI) sur l’instrument COSIMA (Cometary Secondary Ion Mass Analyzer) de Philae, en particulier COSISCOPE (microscope optique pour caractérisation des cibles), développé par le Max Planck MPS avec le LPC2E. Enfin, l’IAS a étalonné l’instrument VIRTIS (Visible and Infrared Thermal Imaging Spectrometer sur Rosetta), développé sous responsabilité italienne.

Quelques publications :
- Poulet et al., 2016, http://mnras.oxfordjournals.org/content/462/Suppl_1/S23
- Langevin et al., 2016,  
http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0019103516000403
- Bibring et al. 2015, http://science.sciencemag.org/content/349/6247/aab0671


Pour aller plus loin :
http://www.ias.u-psud.fr/
http://sci.esa.int/rosetta/

Nos précédentes actualités publiées sur Rosetta :
Rosetta détecte de la matière carbonée macromoléculaire
Rosetta sur Arte
Tchouri perd son manteau poussiéreux
Philae entre en sommeil
Rosetta : de la joie, du suspens et des rebondissements
Rosetta : atterrissage de Philae

Dernière modification le 29 septembre 2016