Une molécule permet de protéger contre le stress chronique

Par Gaëlle Degrez / Publié le 15 juillet 2015

Le stress chronique peut avoir des répercussions importantes sur la santé des individus, et les mener jusqu’à la dépression. Des chercheurs du Laboratoire de Neuropharmacologie de la faculté de Pharmacie de l’Université Paris-Sud(1) (UPSud/Inserm), en collaboration avec une équipe de ColumbIa University (USA), viennent de mettre en évidence l’effet protecteur de la kétamine, une molécule généralement utilisée comme anesthésique.

Le stress est un facteur de risque pour les troubles psychiatriques, mais tous les individus ne sont pas vulnérables à une pathologie induite par le stress. Les voies neurobiologiques qui sous-tendent la résilience au stress sont activement étudiées, mais les interventions cliniquement pertinentes permettant de renforcer cette résilience ne sont pas encore identifiées. Les chercheurs se sont intéressés aux effets de la Kétamine. Cette molécule est depuis longtemps utilisée comme anesthésique et analgésique mais ses caractéristiques chimiques et certains de ses effets psychotropes(2) font d’elle une éventuelle candidate comme antidépresseur. L’équipe scientifique a décidé de tester son potentiel pour favoriser la résilience au stress.

Une découverte importante pour les populations à risques comme les soldats engagés sur le front

Lorsque cette molécule est administrée avant un stress chronique chez la souris, les chercheurs ont montré que la kétamine, à dose unique infra-anesthésique, protège contre un comportement de type anxio/dépressif induit par le stress. En outre, même si la demi-vie d’élimination plasmatique de la kétamine est inférieure à 1 heure chez la souris, cet effet prophylactique dure au moins cinq semaines après injection. Cette propriété remarquable a été mise en évidence dans un modèle de défaite sociale, mais aussi dans un modèle de stress chronique induit par la corticostérone.

Enfin, cet effet de la kétamine est sélectif car l’administration chronique de fluoxétine, un antidépresseur sérotoninergique déjà commercialisé, ne protège pas contre l’induction du comportement de type anxio-dépressif chez la souris. Ce travail suggère pour la première fois qu'une intervention pharmacologique peut exercer un effet protecteur de longue durée contre le stress. En outre, la kétamine pourrait donc être utile, par exemple chez les populations à risque comme les soldats, dans la protection de maladies psychiatriques induits par le stress comme le Stress Post-Traumatique.

Notes :

1. En collaboration avec les équipes du Pr René Hen et du Dr Christine Denny (Columbia University, New York, USA)
2. Il s’agit d’un antagoniste du récepteur NMDA du glutamate

Référence :
« Ketamine as a Prophylactic Against Stress-Induced Depressive-Like Behavior » (Biol Psychiatry. 2015 May 4. pii: S0006-3223(15)00360- 1. doi: 10.1016/j.biopsych.2015.04.022.

Contact : Pr Alain Gardier, Inserm UMR-S 1178, Université Paris-Sud. Faculté de Pharmacie, Laboratoire de Neuropharmacologie.
E-mail : alain.gardier @ u-psud.fr

Dernière modification le 15 juillet 2015