La comète Tchouri perd son manteau poussiéreux

Par Gaëlle Degrez / Publié le 28 janvier 2015

Deux mois après l’atterrissage historique du petit robot Philae sur la comète Tchoury, la sonde Rosetta livre de nouvelles informations sur la comète. Parmi les instruments embarqués, le spectromètre de masse COSIMA a permis à une équipe internationale impliquant des chercheurs de l’Institut d’Astrophysique Spatiale (IAS/CNRS-UPSud) et du Centre de Spectrométrie Nucléaire et de Spectrométrie de masse (CSNSM- CNRS/UPSud) de réaliser les premières analyses chimiques des grains de poussière provenant de la comète.  Ces résultats ont été publiés dans la revue Nature datée du 26 janvier 2015.


Deux exemples de grains de poussières collectés par l’instrument COSIMA. C’est le microscope de COSIMA, appelé COSISCOPE et construit sous la direction de l’IAS (CNRS/Université Paris-Sud), qui a permis de réaliser ces images sous deux éclairages rasants, de la droite (images du haut) et de la gauche (images du bas). L’image (a) montre une particule de poussière qui s’est effondrée en un tas de débris lors de sa collecte (grain nommé par l’équipe COSIMA, Eloi); l’image (b) montre une particule de poussière qui s’est brisée (appelée Arvid). Eloi mesure environ 400 micromètres et Arvid environ 300 micromètres. Les deux petits grains à l'extrême droite de l'image (b) ne font pas partie du paquet brisé. © ESA/Rosetta/COSIMA/Schulz et al (2015)

La sonde Rosetta poursuit son périple en accompagnant et en surveillant la comète 67 P/Churymov-Gerasimenko qui se situe actuellement à 390 millions de kilomètres du Soleil. Au fur et à mesure qu’elle s’approche de l’astre, « Tchoury » se réchauffe et a sans doute perdu une partie de son manteau de poussière. C’est ce que vient de révéler une étude réalisée grâce à l’instrument d’analyse chimique COSIMA.

Particules de Poussières Interplanétaires

Le spectromètre de masse COSIMA a effectué la première collecte de particules de poussières cométaires à très faible vitesse (1 – 10 m/s) à proximité du noyau de la comète au tout début de la phase d’activité. Beaucoup de ces particules se sont fragmentées lors de la collecte et sont d’aspect « floconneux » et poreux. Le fait que les grains se soient si facilement éclatés signifie que les composants individuels ne sont pas bien collés ensemble.

S’ils avaient contenu de la glace ils ne se seraient pas brisés, au lieu de cela les composants glacés se seraient évaporés du grain peu de temps après avoir touché le détecteur. Ce qui laisse penser aux scientifiques que ces particules, riches en sodium (Na) proviennent de la couche de poussière accumulée sur la surface de la comète depuis sa dernière approche près du Soleil et qu’une grande partie de manteau poussiéreux devrait en fait être à l’heure actuelle perdu.

Ces premiers résultats montrent que les particules observées par COSIMA sont probablement à l’origine des particules de poussières interplanétaires dont on pense qu’elles sont une composante de la matière interstellaire.

L’équipe internationale, impliquant des chercheurs de l’IAS (CNRS/Université Paris-Sud) et du CSNSM (CNRS/Université Paris-Sud) et trois autres laboratoires français (1) poursuit ses investigations et espère trouver, lorsque la comète se rapprochera du Soleil, de nouveaux grains ayant des propriétés très différentes.

Contact : Yves Langevin – IAS (CNRS/UPSud) – yves.langevin @ ias.u-psud.fr

Référence :
Comet 67P/Churyumov-Gerasimenko sheds dust coat accumulated over the past four years, Rita Schulz et al., Nature, 26 janvier 2015, doi:10.1038/nature14159

(1) : LPC2E (CNRS/Université d’Orléans), LISA (CNRS/UPEC/Université Paris Diderot), IPAG (CNRS/Université Joseph Fourier)

Dernière modification le 28 janvier 2015