Pourquoi ne sommes nous pas égaux devant l'alcool ?

Par Gaëlle Degrez et Cécile Pérol / Publié le 11 décembre 2015

Malgré une consommation d’alcool excessive certaines personnes restent en bonne santé alors que d’autres développent une maladie du foie. Cette inégalité devant la toxicité hépatique de l’alcool dépend en fait de la flore intestinale. C’est ce que vient de démontrer une équipe de scientifiques et de médecins de l’Université Paris-Sud (1).

La maladie alcoolique du foie est un problème majeur de santé publique. L'atteinte hépatique est variable, s'étendant de la simple accumulation de graisse à l'hépatite alcoolique aiguë et à la cirrhose. Néanmoins, toutes les personnes ne sont pas égales devant la toxicité de l'alcool sur le foie. A consommation d’alcool équivalente en quantité et en durée, seuls certains buveurs excessifs vont développer une maladie du foie. Cette inégalité du risque devant la toxicité de l’alcool signifie que d’autres facteurs influencent le déclenchement et la progression des lésions du foie.

Le rôle de la flore intestinale

Les chercheurs ont étudié le rôle possible que pouvait jouer la flore intestinale (aussi appelée microbiote intestinal) dans l'inégalité vis-à-vis de la toxicité de l'alcool sur le foie. Ce microbiote représente l’ensemble des bactéries présentes dans notre tube digestif, lesquelles exercent de nombreuses fonctions métaboliques. Ils ont constaté un déséquilibre du microbiote intestinal chez les patients ayant une hépatite alcoolique aiguë sans qu'il ne soit retrouvé chez les patients consommant de l’alcool mais n’ayant pas de maladie grave du foie.

Afin de vérifier si ce déséquilibre jouait un rôle causal dans la survenue de lésions hépatiques, les scientifiques ont mené des expériences sur des souris en leur transférant le microbiote de patients tous alcooliques, mais certains ayant une hépatite alcoolique aiguë et un autre groupe n'en ayant pas. Ils ont alors observé que les souris du premier groupe développaient une inflammation du foie et du tissu adipeux, ainsi qu'une augmentation de la perméabilité intestinale supérieure aux autres. Ils ont également démontré qu’il était possible de diminuer les lésions du foie des souris malades en leur transférant le microbiote de patients alcooliques n’ayant pas de lésions du foie.

Dépister et traiter

Ces travaux prouvent donc que la susceptibilité individuelle à la toxicité hépatique de l’alcool dépend, au moins en grande partie, du microbiote intestinal. Or, la composition du microbiote intestinal est modifiable par l'alimentation, par des prébiotiques, des probiotiques ou encore un transfert de microbiote fécal. Ces résultats ouvrent ainsi de nouvelles perspectives, non seulement pour dépister les personnes susceptibles d’être sensibles à la toxicité de l'alcool, mais également pour améliorer le traitement des lésions hépatiques induites par l'alcool en modulant le microbiote intestinal.

Notes :

1. En collaboration avec  l’Inserm, l’APHP (hôpital Antoine-Béclère), l’INRA, AgroParitech et Aix-Marseille Université

Référence
INTESTINAL MICROBIOTA CONTRIBUTES TO INDIVIDUAL SUSCEPTIBILITY TO ALCOHOLIC LIVER DISEASE
M. Llopis, A. M. Cassard, L. Wrzosek, L. Boschat, A. Bruneau, G. Ferrere, V. Puchois, J. C. Martin, P. Lepage, T. Le Roy, L. Lefèvre,B. Langelier, F. Cailleux, A. M. González-Castro, S. Rabot, F. Gaudin, H. Agostini, S. Prévot, D. Berrebi, D.Ciocan, C. Jousse, S. Naveau, P. Gérard, G. Perlemuter, Gut - gutjnl-2015-310585 - Published Online First: 7 December 2015 http://gut.bmj.com/content/early/2015/12/07/gutjnl-2015-310585.full

Dernière modification le 11 décembre 2015