Le ciel va-t-il nous tomber sur la tête ?

Par Sylvain Bouley / Publié le 22 avril 2015

L’arrivée sur Terre d’une météorite est un évènement. Observer sa chute et plus encore pouvoir la récupérer après avoir identifié son point d’impact restent extrêmement rares. Mettre ces bolides de l’espace sous haute surveillance, tel est l’objet du réseau FRIPON dont le laboratoire GEOPS (Géosciences Paris-Sud – UPSud/CNRS) est l’un des instigateurs.


Une météorite détectée au Pic du Midi. © FRIPON

Été 2011, des bolides traversent le ciel français et personne sur le territoire n’est capable de répondre aux questions des témoins pourtant nombreux. D’où vient ce météore ? Y a-t-il une météorite à trouver suite à cette chute observée ? Autant de questions auxquelles un petit groupe de scientifiques de l’Observatoire de Paris, de GEOPS (Géosciences Paris Sud – UPSud/CNRS) et du Muséum National d’Histoire Naturelle ont décidé d’apporter des réponses. De leurs échanges naît un projet visant à surveiller le ciel pour récolter des météorites, financé aujourd’hui par l’Agence nationale pour la recherche (ANR).

Le projet est alors baptisé FRIPON (Fireball Recovery and InterPlanetary Observation Network). L’objectif est simple : décrire avec une précision inégalée la trajectoire d’une météorite afin de déterminer sa source, son lieu de chute et la collecter. Ce réseau est porté par cinq laboratoires (cf encadré). Afin de parvenir à ses fins, FRIPON s’appuie sur tout un tissu humain complémentaire constitué de 30 laboratoires français pluridisciplinaires mais aussi de radioamateurs, astronomes amateurs, médiateurs scientifiques, enseignants et bénévoles.

Savoir d’où elles viennent et où elles vont


Une caméra du réseau FRIPON installée au Pic du Midi. © FRIPON

Nous avons tous déjà contemplé des étoiles filantes dans un ciel nocturne dégagé. Pas question de récupérer ces poussières rocheuses sur le sol ! En revanche, lorsqu’un corps rocheux assez gros entre dans l’atmosphère, nous pouvons profiter de sa trajectoire dans le ciel pour savoir d’où il vient et où il va. Quand un tel événement se produit, l’objet s’approche à grande vitesse – typiquement 15 km/s, se cogne aux particules de l’air et l’échauffement de l’ensemble (air et roche) devient si intense qu’il aboutit à une émission de lumière. Il arrive que l’objet céleste explose une fois, voire plusieurs fois comme ce fut le cas à Tcheliabinsk (Russie) récemment. L’objet suffisamment freiné cesse d’émettre de la lumière et vient heurter le sol à une vitesse de quelques centaines de kilomètres par heure.

Afin de calculer précisément le point d’impact et la région source des météorites, un réseau de 100 caméras grand champ « fish eye » sera opérationnel à l’été 2015. Dès 2016, un réseau de 20 antennes radio viendra en complément du réseau optique pour détecter les échos d’ondes radar envoyées par le radar militaire GRAVES et réfléchies sur le météore. Ces détections radio permettront ainsi de calculer avec une précision sans précédent la vitesse du météore et l’orbite du corps impactant.

Cette recherche ne se borne pas à connaître la position exacte de l’astéroïde lointaine qui, après avoir subi un impact, nous délivre l’un de ses fragments. Elle vise également à perfectionner notre connaissance du système solaire et, en particulier, de la migration de ses planètes. Une récente théorie décrit les avancées et reculs des planètes géantes, telles que Jupiter, vis‐à‐vis du Soleil il y a plus de 4 milliards d’années. Elle annonce en conséquence que la ceinture d’astéroïdes contiendrait des corps rocheux formés tantôt dans des régions proches du Soleil, tantôt dans des zones au‐delà de Neptune. Or ces corps sont susceptibles de croiser la Terre un jour ou l’autre et de devenir des météorites. Par là, les météorites voient leur attrait scientifique décupler : elles apparaissent capables de nous éclairer sur la migration des planètes et deviennent des échantillons non seulement de la ceinture d’astéroïdes mais de l’ensemble du Système solaire primitif.


Le maillage du réseau de surveillance. © FRIPON

Science participative

Pour espérer récolter un échantillon météoritique, rien ne vaut la collaboration citoyenne qui sera coordonnée par le programme Vigie-Ciel. Son grand frère « Vigie-Nature » a déjà fait ses preuves : les bénévoles se manifestent en nombre pour réunir leurs observations dans une banque de données très utiles aux chercheurs. Sur le même modèle, Vigie-Ciel centralise les interventions des amateurs intéressés dans un site web, lieu d’échanges, d’informations pour les curieux, de compléments pour les avertis, d’alertes, d’orchestration des campagnes de recherche sur le terrain.

Les scientifiques de FRIPON y restent connectés avec un réseau de correspondants régionaux, académiques, locaux afin d’organiser, coordonner et enfin accompagner une équipe motivée pour quadriller le terrain sur lequel se sont réparties les pierres tombées du ciel et en récupérer. On peut s’interroger sur la quantité de matière extraterrestre qui sera récoltée grâce à FRIPON/Vigie-ciel, à l’ensemble de ses membres, professionnels de la science et citoyens intéressés par la démarche participative. Les statistiques sur deux siècles estiment que 5 à 25 météorites assez grosses pour être retrouvées atterrissent sur le territoire français chaque année. L’évaluation reste grossière et l’observation continue par les caméras de FRIPON améliorera la quantification et sans aucun doute la récupération.

Les 5 laboratoires impliqués dans FRIPON
-    L’Institut de Mécanique Céleste et du Calcul des Ephémérides (IMCCE – Observatoire de Paris) s’occupe du calcul des orbites et de trajectoire ainsi que de la partie instrumentale.
- GEOPS (Géosciences Paris Sud – UPSud/CNRS) soutenue par l’IAS (CNRS/UPSud) a pour mission d’organiser le réseau à l’échelle nationale et de gérer les futures données d’observation.
-    Le Muséum National d’Histoire Naturelle devra s’organiser pour récupérer les météorites et promouvoir la science de ces roches célestes auprès du grand public via le programme de science participative Vigie Ciel.
-    Enfin, le Centre de Recherche et d'Enseignement de Géosciences de l'Environnement (CEREGE) et le Laboratoire d'astrophysique de Marseille (LAM) viendront en appui pour l’étude des météorites comprendre la connexion avec les comètes et astéroïdes.

 

Site web FRIPON : www.fripon.org
Page facebook : https://www.facebook.com/VigieCiel
Page twitter : https://twitter.com/vigieciel

Dernière modification le 23 avril 2015