L’invasion par le "cancer vert" perturbée par le changement climatique

Par Nicolas Plantey et Jean-Yves Meyer / Publié le 27 novembre 2015

Une étude menée par des chercheurs du laboratoire Ecologie, Système, Evolution (ESE - UPSud - CNRS - AgroParisTech) suggère que le changement climatique réduira de moitié la surface de l’environnement habitable d'ici 2080 du Miconia calvescens, une plante parasite particulièrement envahissante.


Photo prise à Tahiti, Mont Mamanu, en 2014 où l'on constate la progression de Miconia au sein d'une forêt dense. © Jean-Yves Meyer

Miconia calvescens apparaît dans la liste des "100 espèces envahissantes parmi les plus menaçantes au monde", conçu par l'Union Internationale pour la Conservation de Nature (IUCN). On considère que cette plante est le pire parasite proliférant à Hawaii et en Polynésie française, à tel point qu’on la surnomme le « cancer vert ». C'est aussi une menace pour la forêt tropicale humide de la région du Queensland en Australie, pour le Sri Lanka et la Nouvelle-Calédonie, où elle est extrêmement difficile à contenir. Pour les spécialistes de l'écologie, la propagation de cette plante destructrice est une source d'inquiétude. Cependant, une étude de l'Université de Paris-Sud suggère que le changement climatique réduira de moitié la surface de son environnement habitable d'ici 2080. Néanmoins, cette réduction cible principalement son habitat d'origine et non les lieux où elle est une menace pour l'écosystème.

Pour certaines espèces, le changement climatique favorise la propagation des invasions biologiques. Grâce à des modèles statistiques élaborés, les chercheurs ont démontré l'effet négatif du changement climatique sur la dissémination de Miconia. D'après eux, 7,2% des surfaces continentales de la planète réunissent les conditions favorables à son établissement, mais cette estimation pourrait chuter à 3% en 2080. « Cela pourrait paraître une bonne nouvelle, mais malheureusement, ce déclin se produirait principalement dans les territoires où cette espèce est native et très peu dans les zones d’invasions actuelles ou potentielles », souligne Franck Courchamp, Directeur de Recherche au CNRS et responsable de l’étude.

Les mesures de contrôle du « cancer vert » à Hawaii ont coûté plusieurs milliards de dollars. En outre, sa prolifération a placé sous un risque élevé d'extinction près de la moitié des 107 espèces endémiques de Tahiti. Les scientifiques de l'Université de Paris Sud ont identifié 91 pays, 421 îles et jusqu'à 364 aires protégées qui pourraient êtres les prochaines cibles de cette espèce (dont 80.4 % appartiennent aux forêts tropicales dans l'hémisphère sud).


Miconia calvescens a un impact dramatique sur la flore endémique des zones envahies. Ses larges feuilles réduisent la quantité de lumière atteignant le sol, tandis que ses racines peu profondes contribuent à l'érosion des sols.© Eloise Killgore

Les chercheurs ont établi une carte des aires protégées qui pourraient être en danger d'invasion. D'après leurs conclusions, les jardins botaniques sont des facteurs importants d'introduction de l’espèce dans de nouvelles régions. En effet, la plupart des invasions réussies par Miconia calvescens sont le résultat d'une introduction à partir d'un jardin privé ou public. Par exemple, son introduction à Tahiti date de 1937 à cause d'une faille dans le processus d'isolation d'un jardin botanique privé.

Par conséquent, les chercheurs recommandent des plans de gestion à long terme de ce fléau. En particulier pour les régions ayant un environnement favorable pour Miconia calvescens et ayant un haut intérêt pour la conservation des espèces (comme les îles et autres zones protégés). Dans ce cadre, ces prédictions fournissent des informations importantes pour rationaliser les efforts de lutte contre cette plante.

Pour obtenir un modèle prophétique fiable, l'équipe a utilisé 379 données sur les zones de présence de Miconia calvescens, à partir de : la base mondiale de données des espèces envahissante (GISD) et autres recueils et publications sur ce thème. Ces informations ont été combinées avec des modèles de prévision environnementaux choisis parmi 19 modèles Worldclim concernant les variables bioclimatiques. Les modèles de prédiction ont été calibrés avec 70 % des données aléatoirement choisies et évalués avec les 30 % restants.

Ce travail a été exécuté pendant un séjour de Noelia González-Muñoz au Laboratoire d'Écologie Systématique et l'Évolution (ESE) de l'Université de Paris-Sud. Noelia Gonzalez Muñoz a été financée par un contrat post-doctoral et une subvention de l’Université de Alcalá. Le travail de Céline Bellard, Camille Leclerc et Franck Courchamp a été subventionné par BiodivERsa Eranet.

 

Source: N. González-Muñoz, C. Bellard, C. Leclerc, J-Y. Meyer & F. Courchamp. 2015. Assessing current and future risks of invasion by the ‘‘green cancer’’ Miconia calvescens. Biological Invasions. 17:3337–3350. DOI 10.1007/s10530-015-0960-x

Contact: noelia.gonzalezm @ gmail.com

Dernière modification le 2 décembre 2015