Echanges de gènes moisis : de quoi en faire tout un fromage

Par Gaëlle Degrez / Publié le 6 octobre 2015

Le fromage est un milieu microbien complexe où bactéries, levures et moisissures entrent en compétition. Des chercheurs du Laboratoire Ecologie Systématique Evolution (ESE - UPSud/CNRS/AgroParisTech) viennent de montrer comment ces dernières se sont adaptées grâce à des transferts de gènes d’une espèce à l’autre, y compris génétiquement éloignées.


Un plateau de fromage. © 123rf

Le fromage est l’un des produits laitiers les plus appréciés en France et dans le monde, mais les scientifiques ont encore beaucoup à apprendre sur les champignons ou moisissures qui font le charme d’un bon fromage bleu comme le Roquefort ou de la star normande qu’est le Camembert. En comparant les génomes de 10 espèces de champignons Penicillium, parmi lesquels les fameux P. roqueforti et P. camemberti, des chercheurs du Laboratoire Ecologie Systématique Evolution (ESE - UPSud/CNRS/AgroParisTech)* ont montré que ces microorganismes se sont échangé des portions conséquentes de leur génome au cours des dernières dizaines d’années.

Or – les chercheurs l’ont vérifié expérimentalement – certains de ces gènes rendent les champignons capables de mieux se développer dans le fromage, et d’évincer leurs concurrents (dont les champignons responsables des moisissures sur la nourriture). En domestiquant ces champignons pour la fabrication de fromage, l’homme a donc involontairement et indirectement provoqué de nombreux échanges de gènes entre espèces pourtant éloignées génétiquement.

Un enjeu pour la sécurité alimentaire

Ces travaux devraient intéresser l’industrie agroalimentaire à plus d’un titre. D’une part, l’identification des gènes impliqués permettra aux fromagers de mieux sélectionner les souches de champignons. D’autre part, ces résultats indiquent que, s’ils coexistent dans le fromage avec des champignons domestiqués, les champignons néfastes peuvent assez facilement acquérir les gènes leur permettant de mieux s’y développer.

* En collaboration avec des équipes de l’Institut de biologie intégrative de la cellule (I2BC/UPSud/CNRS/CEA), de l’Institut de systématique, évolution, biodiversité (CNRS/MNHN/UPMC/EPHE) et du Laboratoire des interactions plantes micro-organismes (CNRS/Inra)

Illustrations :

Culture in vitro d’un mélange de différents champignons utilisés pour la fabrication du fromage (Penicillium camemberti, P. roqueforti) ainsi que  P. rubens. Crédit: Jeanne Ropars

Roquefort et camembert. Crédit: Tatiana Giraud.

Contacts :

Tatiana GIRAUD - Laboratoire Ecologie Systématique Evolution (ESE - UPSud/CNRS/AgroParisTech)- tatiana.giraud @ u-psud.fr

Antoine BRANCA - Laboratoire Ecologie Systématique Evolution (ESE - UPSud/CNRS/AgroParisTech)- antoine.branca @ u-psud.fr

Références

Adaptive Horizontal Gene Transfers between Multiple Cheese-Associated Fungi, Jeanne Ropars, Ricardo C. Rodríguez de la Vega, Manuela López-Villavicencio, Jérôme Gouzy, Erika Sallet, Émilie Dumas, Sandrine Lacoste, Robert Debuchy, Joëlle Dupont, Antoine Branca et Tatiana Giraud. Current Biology, 24 septembre 2015.
http://dx.doi.org/10.1016/j.cub.2015.08.025

Dernière modification le 6 octobre 2015