Les dernières nouvelles de la sonde Rosetta

Par Gaëlle Degrez / Publié le 1 décembre 2014

« Je me sens un peu fatigué. Avez-vous bien reçu toutes mes données ? Je crois que je vais faire une sieste. (…) Je vous en dirai bientôt plus sur ma nouvelle demeure, la comète 67P.  … Zzzzz». C’est sur ces derniers mots adressés via son compte twitter à sa maison-mère, la sonde Rosetta, que le petit robot Philae s'est endormi pour un repos mérité de quelques mois. A quelques 510 millions de kilomètres de la Terre, cette aventure exceptionnelle  à laquelle l'Institut d'Astrophysique Spatial (IAS-CNRS/Psud) est associé depuis l'origine, continue.


Les images prises de la comète. © ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team

Après une chute libre de 7 heures, le petit robot Philae s’est posé sur la comète Tchoury, à 510 millions de kilomètres de la Terre, mercredi 12 novembre dernier. C’est déjà en soi une première dans l'histoire de l'humanité, un exploit. Lancée il y a plus de 10 ans, la sonde Rosetta a en effet parcouru près de 6 milliards de km pour atterrir sur une orbite qui la place comme prévu à moins de 20km de la comète Tchoury, en position idéale pour larguer son atterrisseur.

Mais, « à l’issue d’une séquence fascinante, marquée d’une descente parfaite, et d'un premier impact à quelques dizaines de mètres seulement de l’endroit choisi par les scientifiques, signe de l'incroyable précisions des calculs de trajectoires, Philae ne s'est pas stabilisé comme prévu » explique Jean-Pierre Bibring.

Certainement à cause de la dureté du sol, le petit robot a rebondi une et même deux fois, pour finalement s'arrêter à une distance de près d'un km de son lieu d'atterrissage initial, dans un creux bordé de falaises, en position acrobatique. Le suspens a tenu en haleine tant la communauté scientifique que le grand public totalement fasciné par cette épopée moderne qui pourrait nous apporter des clés indispensables pour comprendre l'origine du vivant. On le sait désormais, la mission est d'ores et déjà un véritable succès.

Un laboratoire d'analyse sur une comète

Malgré toutes les péripéties de l'atterrissage, le contact n'a en effet jamais été rompu avec Philae et les scientifiques ont pu vérifier que le mini-laboratoire qu'ils avaient envoyé se poser sur une comète à des millions de kilomètres de la Terre, s'est tout de suite mis au travail. Et en dépit d'un compte à compte à rebours serré, la quasi-totalité des instruments embarqués tant sur Rosetta que sur son atterrisseur a bien  fonctionné, « nous n'avons pas fait exactement tout ce que nous souhaitions mais nous avons fait l'essentiel, voire même un peu plus » se réjouit Jean-Pierre Bibring.

« Philae  a pu radiographier l'intérieur de la comète, étudier son magnétisme, prendre des images du sol, analyser les molécules complexes dégagées par la surface ». In fine, ses outils de forage ont même permis de récupérer des échantillons de la comète dont l'analyse est attendue avec fébrilité par toute la communauté.

« Il faut se rendre compte que ces tous ces instruments ont été conçus avec des technologies qui ont 20 ans, parfois même plus parce que quand vous devez les envoyer dans des endroits aussi hostiles, à des températures de  quasiment -150°C, vous privilégiez les technologies déjà éprouvées ».


Le robot Philae en détail. © CNES/Ill/DUCROS David/2014

Avant sa mise en sommeil, les scientifiques ont en outre réussi, à l'aide d'un petit moteur dont il est équipé, à faire pivoter Philae de 30°, afin d'optimiser l’éclairement de ses panneaux solaires et de ses capteurs thermiques. Après 57 heures de rebondissements dans tous les sens du terme, le petit robot qui a travaillé jusqu'à l' épuisement de ses batteries principales, s'est finalement mis en veille.

Jusqu'à son prochain réveil comme l'espère la communauté. Qui compte aussi finalement sur ce qui pourrait s'avérer contre toute attente être une bonne nouvelle. « A l'ombre mais du coup aussi, à l'abri d'une falaise, le robot pourrait ainsi être protégé de la chaleur lorsque la comète s’approchera du Soleil, ce qui lui permettrait de survivre plus longtemps » espère Jean-Pierre Bibring.

Pour l'heure, les scientifiques continuent leurs investigations pour déterminer avec précision la  localisation exacte de Philae, afin d'optimiser au mieux ses conditions de survie et de calculer le bon moment pour le réveiller, lorsque l'exposition permettra à l’atterrisseur de recharger suffisamment ses batteries secondaires, via ses panneaux solaires. Il reste désormais à poursuivre l'analyse de l'extraordinaire moisson d’informations scientifiques récoltées.

L'une des plus fabuleuses aventures spatiales contemporaines se poursuit !

Contact : Jean-Pierre Bibring -  Institut d'Astrophysique Spatiale (IAS – CNRS/UPSud) – jean-pierre.bibring@u-psud.fr

L'Institut d'Astrophysique Spatiale (IAS – CNRS/UPSud) au coeur de la mission Rosetta
Jean-Pierre Bibring (IAS – CNRS/UPSud) est le responsable scientifique de Philae. Les caméras CIVA (Comet Infrared and Visible Analyser) ont été développées sous la responsabilité de l'IAS en collaboration avec le Laboratoire d'Astrophysique de Marseille. Elles ont été conçues pour réaliser un panorama complet (incluant une vue stéréoscopique) une fois Philae posé, ainsi que des images microscopiques (visibles et infrarouges) du matériau cométaire. L’IAS a aussi une contribution importante (co-PI) sur l’instrument COSIMA (Cometary Secondary Ion Mass Analyzer) de Philae, en particulier COSISCOPE (microscope optique pour caractérisation des cibles), développé par le Max Planck MPS avec le LPC2E. Enfin, l’IAS a étalonné l’instrument VIRTIS (Visible and Infrared Thermal Imaging Spectrometer sur Rosetta), développé sous responsabilité italienne.

Dernière modification le 1 décembre 2014