Biodiversité mondiale : il est urgent d'agir !

Par Gaëlle Degrez et Cécile Pérol / Publié le 9 octobre 2014

Il est urgent de mettre en place des mesures plus audacieuses et novatrices si les gouvernements souhaitent atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés pour 2020. Tel est le principal enseignement d’un rapport des Nations Unies rédigé par un groupe d’experts mondiaux parmi lesquels des chercheurs du laboratoire Ecologie Systématique et Evolution (ESE – UPSud/CNRS) sont impliqués comme coordonnateurs et auteurs.


123 RF - Banc de sardines dans les eaux bleues de la mer rouge

Le Plan Stratégique, avec ses 20 objectifs à atteindre d’ici 2020, connus comme les "Objectifs d'Aichi", a été approuvé par la communauté internationale en 2010 à Nagoya, au Japon. Présenté lundi 6 octobre 2014 à la Conférence des Parties de la Convention de la Diversité Biologique en Corée de Sud, le rapport "Global Biodiversity Outlook 4 (GBO4)" montre que si des progrès ont été réalisés sur la majorité de ces objectifs, des mesures supplémentaires restent essentielles pour totalement les atteindre d'ici 2020.

Des avancées mais aussi des dégradations

Des avancées importantes ont été réalisées sur certains objectifs principalement suite aux actions prises par les États. "Deux cas éloquents sont la diminution de plus de 70% de la déforestation au Brésil depuis 2004 grâce à l’action forte du gouvernement, ou encore le rebond spectaculaire des pêcheries de Mer du Nord depuis la mise en place des mesures de gestion durable" explique Paul Leadley , professeur à l'Université Paris-Sud et coordinateur du groupe d'experts mondiaux ayant réalisé cette évaluation. En dépit des efforts accomplis par les États, les pressions sur la biodiversité ne cessent d'augmenter, entraînant une dégradation de multiples indicateurs de la biodiversité. "Par exemple, les introductions d’espèces envahissantes et les dégâts qu’elles causent montent en flèche", rapportent les auteurs Franck Courchamp , directeur de recherche CNRS, et Céline Bellard , chercheuse post-doctorante, "mais des exemples comme celui de la Nouvelle Zélande démontrent qu'il est possible de diminuer les impacts des espèces envahissantes avec des mesures concertées et correctement hiérarchisées".

Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations Unies, a souligné les liens étroits entre la biodiversité et le développement durable mis en avant dans le rapport : "J'exhorte les  États Membres et les parties prenantes du monde entier à prendre en compte les  conclusions du GBO4 dans leur planification, à reconnaître que la biodiversité contribue à la résolution des problèmes de développement durable auxquels nous sommes confrontés, et à redoubler d'efforts pour atteindre nos objectifs communs."

Achim Steiner, sous-secrétaire général des Nations Unies et directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) a ajouté : "Sans la biodiversité en bonne santé, les moyens de subsistance, les services écosystémiques, les habitats et la sécurité alimentaire seront compromis."

"La bonne nouvelle est que les États font des engagements concrets pour mettre en œuvre les Objectifs d'Aichi." a déclaré Braulio Ferreira de Souza Dias, secrétaire exécutif de la Convention sur la Diversité Biologique. "Toutefois, le rapport nous montre aussi que cet effort doit être significativement accru."

Ces résultats sont appuyés par un article paru dans la revue Science  le 2 octobre, qui analyse les extrapolations des tendances jusqu'en 2020 pour l'ensemble des Objectifs d'Aichi.

Paul Leadley (professeur à l'Université Paris-Sud), Franck Courchamp (Directeur de Recherche CNRS) et Céline Bellard (chercheuse post-doctorante) mènent leur recherche au sein du laboratoire ESE (Université Paris-Sud / CNRS / AgroParisTech).

Les Objectifs d'Aichi
La diversité biologique soutient le fonctionnement des écosystèmes et fournit des services écosystémiques essentiels au bien-être humain. Elle assure la sécurité alimentaire, la santé humaine, ainsi que l’approvisionnement en air pur et en eau potable; elle contribue aux moyens locaux de subsistance, au développement économique, et elle est essentielle à la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement, incluant la réduction de la pauvreté. Mais malgré son importance fondamentale, la biodiversité continue de s’appauvrir. C’est dans ce contexte que les Parties à la Convention sur la diversité biologique, en 2010 à Nagoya, au Japon, ont adopté le Plan stratégique pour la biodiversité 2011-2020, dans le but d’inspirer des actions de grande envergure par tous les pays et parties prenantes en soutien à la biodiversité au cours de la prochaine décennie. Reconnaissant le besoin urgent d’agir, l’Assemblée générale des Nations Unies a également déclaré 2011-2020 la Décennie des Nations Unies pour la biodiversité.

Plus de renseignements sur le site : http://www.cbd.int/sp/targets/
Télécharger le rapport "Global Biodiversity Outlook 4 (GBO4)" : http://www.cbd.int/gbo4/

Dernière modification le 9 octobre 2014