Alexandre Dazzi, lauréat du prix « Ernst Abbe »

Par Anaïs Vergnolle / Publié le 30 avril 2014

Alexandre Dazzi, Enseignant-chercheur au Laboratoire de Chimie Physique (Université Paris-Sud/CNRS), va recevoir le prix « Ernst Abbe » de la Société de Microscopie de New York pour l'invention du nanoIR.

Depuis 1973, seuls 24 prix ont été décernés à des personnalités comme Albert V. Crewe, inventeur du Microscope électronique à balayage par transmission, Edwin H. Land, inventeur de l'appareil photographique instantané polaroid, ou encore Gerd Binning et Heinrich Rohrer, inventeurs du Microscope à effet tunnel.


Alexandre Dazzi

Le professeur John A. Reffner, membre de la Société de Microscopie de New York, souligne le caractère exceptionnel de cette distinction : « Cette distinction est attribuée uniquement pour des réalisations exceptionnelles en Microscopie ou pour une contribution exceptionnelle à cette Science. Alexandre Dazzi a reçu ce prix pour son invention de la technologie AFM-IR, qui constitue une avancée majeure dans le domaine de la microscopie puisqu’elle permet de détecter les vibrations moléculaires de la matière avec un niveau de résolution spatiale sans précédent ». La remise du prix aura lieu en novembre 2014 à Somerset (près de New York) lors de l’Eastern  Analytical Symposium.

Le nanoIR est un spectro-microscope qui permet d’analyser l’absorption infrarouge d’échantillons pour la plupart organiques. Il s’agit de la première plateforme technologique pour la spectroscopie et l’imagerie infrarouge permettant d’atteindre l'échelle nanométrique. Le nanoIR fournit une analyse chimique des échantillons jusqu'à quelques nanomètres de résolution spatiale, soit une amélioration de trois ordres de grandeur par rapport à la micro-spectroscopie infrarouge classique.

Présenté comme un Microscope à Force Atomique (AFM), l'instrument montre une caractérisation multimodale de l’échantillon analysé. Il permet d’effectuer avec la même sonde des mesures de propriétés thermiques, chimiques et mécaniques. Le nanoIR utilise une source laser infrarouge pulsée. Le faisceau IR illumine l'échantillon par réflexion totale interne, comme pour la spectroscopie ATR. Quand la longueur d’onde du laser correspond à une bande d’absorption, le rayonnement est absorbé, ce qui chauffe localement l’échantillon. Cette augmentation de température conduit à une dilatation thermique rapide qui est détectée par la pointe du levier AFM.


Cartographie chimique 3D, réalisée par nanoIR, d'un filament de bactérie Streptomyces. La topographie est donnée par la 3D et le code couleur (jaune-brun) révèle la présence de lipides par l'absorption infrarouge

Le nanoIR  est principalement utilisé par les industriels et les académiques dans le domaine des matériaux et des sciences des polymères. Cependant, son application au sein du laboratoire de Chimie Physique est plutôt orientée vers l'étude des bactéries et des cellules.

La société américaine « Anasys Instruments », qui commercialise le nanoIR, en a déjà vendu une trentaine d’exemplaires dans le monde.

 

Depuis 2000, Alexandre Dazzi est Maître de Conférence sur la plateforme CLIO du Laboratoire de Chimie Physique de l’Université Paris-Sud. Ses recherches portent sur la spectroscopie infrarouge à l’échelle nanométrique. Un de ses objectifs était de trouver une technique pour améliorer l’imagerie infrarouge, en repoussant les limites de la technologie elle-même. Après s’être concentré sur les techniques de la Microscopie optique en champ proche, il a inventé la technique appelée « Photothermal Induced Resonance » (PTIR), qui permet à une sonde AFM d’agir comme un détecteur pour fournir des informations d’absorption infrarouge à l'échelle nanométrique. C’est pour cette invention, renforcée par la commercialisation du nanoIR, qu’il est distingué en 2014 par la Société de microscopie de New York. En 2009, Alexandre Dazzi a reçu le prix de l'instrumentation de la Société Française de Chimie, de la Division de Chimie Physique. Puis il a reçu, en 2010, le R&D 100 awards (prix Américain de la meilleure innovation technologique de l’année) et en 2011, le Microscopy today’s innovation award, en association avec la société américaine "Anasys Instruments". Alexandre Dazzi enseigne également les nanosciences à l'Université Paris-Sud.

Dernière modification le 5 mai 2014