Un diplôme interuniversitaire pour mieux lutter contre le cancer de l'enfant

Par Mhamed Harif et Gaëlle Degrez / Publié le 10 novembre 2015

Un partenariat entre la Faculté de Médecine de l’Université Paris-Sud et l’Université Mohammed V de Rabat a permis de mettre en place au Maroc, le premier diplôme universitaire d’oncologie pédiatrique. Une avancée décisive pour une meilleure prise en charge du cancer de l’enfant en Afrique.


Image de la formation menée sur le terrain. © DR

Les progrès dans la prise en charge des cancers de l’enfant dans les pays développées permettent la guérison dans près de 75% des cas. Ces résultats ne peuvent être obtenus que dans les structures spécialisées et multidisciplinaires. Le développement des compétences s’est rapidement imposé comme un des principaux déterminants pour un développement à long terme de la cancérologie pédiatrique en Afrique.

La formation qui était jusqu’alors dispensée était certes d’une grande valeur mais ne permettait pas répondre à toute la demande. En effet, avec la demande croissante des patients pris en charge, la nécessité de l’extension de la prise en charge à des pathologies cancéreuses supplémentaires, la mise en place d’une stratégie spécifique de développement des compétences africaines est devenue une nécessité.

Il est à relever également que la pratique de l’oncologie pédiatrique en Afrique comporte des spécificités liées à un profil épidémiologique propre, à une rareté des ressources et à un contexte socio-culturel caractérisé par des croyances ancestrales et une place importante de la médecine traditionnelle. Ces spécificités devaient être prises en compte dans le programme de formation. Il fallait également déployer un programme s’intéressant non seulement aux oncologues pédiatres mais aussi aux autres acteurs impliqués notamment les chirurgiens pédiatres, les anatomopathologistes ainsi que les infirmiers et les techniciens.

Le diplôme de cancérologie pédiatrique africain


Le professeur Mhamed Harif, président du groupe franco-africain d'oncologie pédiatrique. © DR

En l’an 2000, un des pères de la cancérologie de l’enfant en France, le Professeur Jean Lemerle de l’Institut Gustave Roussy, prend le pari, avec un groupe de bénévoles de développer une offre de soins pour les enfants atteints de cancers dans les régions d’Afrique où aucune organisation des soins n’était en place. Le Groupe Franco-Africain d’Oncologie Pédiatrique (GFAOP) dont le siège est l’Institut Gustave Roussy a ainsi vu le jour.

Il s’agissait de prendre en charge les enfants atteints de cancers en Afrique et par les africains. Il s’agissait aussi de trouver les meilleurs compromis entre ce que peut offrir la médecine moderne et ce qui peut être proposé de manière optimale pour ces patients. Parmi les différentes actions du Groupe, et avec le soutien du programme « My Child Matters » de la Fondation Sanofi-Espoir, la mise en place d'un diplôme inter universitaire d’oncologie pédiatrique (DIUOP) proposé par la Faculté de Médecine de l’Université Paris-Sud et par l’Institut Gustave Roussy a permis de former des dizaines de praticiens africains, médecins ou infirmiers.

Sur la base de ce modèle qui a fait ses preuves, les différents partenaires ont souhaité élargir cette offre de formation en la proposant localement. La mise en place d’un programme au Maroc conjointement entre l’Université Mohammed V de Rabat et l’Université Paris-Sud a ainsi permis de mettre en place le premier diplôme du genre en Afrique. L’association d’une université française à une université marocaine avec une mixité des corps professoraux pour mener à bien ce projet, donne à ce programme toute sa richesse.

Beaucoup d’engouement a été relevé pour cette formation lors de son lancement pour l’année universitaire 2014-2015. Vingt-six étudiants d’Afrique du Nord et d’Afrique sub-saharienne ont ainsi été inscrits et ont suivi avec assiduité la formation. En quelques années, l’Afrique francophone aura ainsi un capital significatif de compétences en oncologie pédiatrique. La recherche dans ce domaine verra également un développement intéressant à travers les mémoires qui seront soutenus.
La formation en oncologie pédiatrique africaine a ainsi créé un modèle d’intégration transméditerranéen qui ouvre la voie à une collaboration structurante.

Le Groupe Franco-Africain d’Oncologie Pédiatrique
Créé en 2000 par le Pr Jean Lemerle, professeur des universités à Paris-Sud et praticien hospitalier à Gustave Roussy et aujourd'hui présidé par le Professeur Mhamed Harif
Directeur du CHU Mohammed VI à Marrakech, le Groupe Franco-Africain d’Oncologie Pédiatrique (GFAOP) hébergé à l’institut Gustave-Roussy, regroupe des médecins français et africains. A son origine, les défis à relever étaient multiples. Il fallait des médecins engagés dans cette initiative, des infirmières fidélisées dans ces services, des structures de soins appropriées et des moyens de diagnostic et de traitement. Le comité de soutien s’est attelé à collecter les fonds pour le fonctionnement du groupe et pour l’achat des médicaments et fongibles. Le groupe a identifié des pathologies prioritaires et constitué des unités pilotes (UP) qui sont le noyau de l’activité de soin. Ainsi, en plus des pays du Maghreb où des services étaient déjà en place, des UP ont été mises en place à Abidjan, Bamako, Dakar, Lomé, Lubumbashi, Nouakchott, Ouagadougou, Tananarive, Yaoundé. Durant cette période le nombre d’enfants pris en charge par les UP n’a cessé de progresser. Plus de 1000 nouveaux enfants sont actuellement pris en charge annuellement. Les besoins aussi bien en médicaments, fongibles et matériels qu'en compétences sont en forte croissance.

 

Le programme My Child Matters
Est venu en cours de cet ambitieux projet le programme « My Child Matters » lancé par la Fondation Sanofi-Espoir pour développer la prise en charge du cancer de l’enfant dans le monde. Le GFAOP a tout naturellement été impliqué à travers différents projets tels que la prise en charge de la douleur et du diagnostic précoce au Maroc ou la remise en état des structures de soins Sénégal, au Mali et à Yaoundé. Associés aux efforts consentis par la GFAOP, ces projets ont constitué une grande valeur ajoutée.

 

La Fondation Lalla-Salma de prévention et traitement des cancers  
La princesse Lalla Salma  a mis en place en 2005 au Maroc un ambitieux programme de développement de la cancérologie à travers une fondation qui porte son nom. Ce programme représente un tournant majeur dans l’offre de soins dans ce domaine au Maroc. La prise en charge des cancers pédiatriques a d’emblée été inscrite dans le plan de développement. D’abord au Maroc puis en accompagnement du GFAOP, la Fondation s’est engagée à soutenir l’oncologie pédiatrique en Afrique. Ainsi, en plus de l’achat de médicaments, la mise en place des maisons de parents, la Fondation s’est engagée dans le renforcement des compétences et notamment le projet d’école Africaine d’oncologie. 

 

Le cancer chez l’enfant est une pathologie relativement rare puisqu’il ne représente que 1 à 3% des cancers chez l’homme. Il est cependant la 2ème cause de mortalité de l’enfant dans les pays développés. En Afrique, les causes de mortalité chez l’enfant restent dominées par les pathologies infectieuses et nutritionnelles. L’Afrique est cependant un continent qui connaît une transition rapide liée au succès des programmes de vaccination et à l’amélioration des conditions de vie des populations. Le cancer de l’enfant est ainsi amené à être aujourd'hui une des principales causes de mortalité et de morbidité.

 

La Fondation Sanofi Espoir et MCM
La Fondation Sanofi Espoir est une fondation d’entreprise créée par le groupe Sanofi pour capitaliser sur plus de 20 ans d’engagement en matière de solidarité internationale. Sa mission est de contribuer à réduire durablement les inégalités en santé en répondant aux enjeux essentiels en matière de prévention, de formation et d’accès aux soins des plus démunis, notamment  dans les pays à faibles et moyennes ressources.
Elle privilégie les actions qui s’inscrivent dans la durée, à travers 3 axes d’intervention :
1-    La lutte contre les cancers de l’enfant
2-    La lutte contre la mortalité maternelle et néonatale
3-    L’accès aux soins des populations les plus précaires
Les cancers de l’enfant ont une incidence annuelle de plus de 175 000 nouveaux cas, dont la plupart surviennent dans les pays aux ressources limitées (globalement 80% vs 20% dans les pays développés), avec un taux de survie très inférieur à celui des pays développés (20% vs 80% en moyenne). Or il existe des solutions thérapeutiques efficaces pour la majorité de ces cancers, dès lors que le diagnostic est fait suffisamment tôt et que l’enfant est pris en charge correctement.
Devant ce constat, la Fondation Sanofi Espoir a initié en 2005  le programme « My Child Matters », avec le soutien de partenaires clés (St Jude Children’s research hospital, la Société Internationale d’Oncologie Pédiatrique (SIOP), l’Union internationale contre le cancer (UICC), le Groupe Franco-Africain d’Oncologie Pédiatrique (GFAOP), l’association des parents  Childhood Cancer International (CCI)…
Depuis 10 ans, 45 projets ont été déployés dans 33 pays. Ce programme s’appuie sur des équipes d’onco-pédiatrie locale en leur procurant un soutien financier, mais également humain à travers un système de « mentoring » et d’aide de la part d’experts internationaux. Son objectif est d’accompagner les différents pays de façon adaptée à la situation locale, en agissant sur les divers obstacles auxquels se heurte la prise en charge des enfants atteints de cancer : information, diagnostic précoce, formation des professionnels de santé, accès aux soins, décentralisation, création de réseaux, prise en charge de la douleur, organisation des soins palliatifs… Ce sont ainsi 50 000 enfants qui ont été pris en charge dans le cadre de  « My Child Maters » depuis 10 ans, et plus de 16 000 professionnels de santé qui ont pu  bénéficier de formations.
Actuellement 13 projets sont en cours dans 26 pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine, et un budget de 8 millions d‘euros a été consacré jusqu’à présent à ce programme par la Fondation.

Dernière modification le 10 novembre 2015