L'art figuratif s'expose à l'Université

Par Patrice Godard / Publié le 15 octobre 2019

La bibliothèque universitaire d’Orsay connait une animation particulière, en ce jour du 12 septembre 2019. Elle accueillait en effet, un double événement : le vernissage de l’exposition du peintre Georges Cheyssial et l’inauguration de la restauration du tableau monumental « L’homme et la science » peint par le même artiste.


© M. LECOMPT / UPSUD

Quinze toiles de Georges Cheyssial (1907-1997), Prix de Rome et Académicien, exposées à la bibliothèque universitaire du 12 au 27 septembre 2019 nous ont fait redécouvrir la sensibilité aigüe de ce peintre figuratif, maître internationalement reconnu dans l’art des portraits d’enfants songeurs et des paysages sauvages qui toujours donnent à penser. Marc Cheyssial a gracieusement prêtées à l’université Paris- Sud, des œuvres de son oncle.

Elles nous rappellent aussi que deux toiles monumentales de Georges Cheyssial ont été acquises en 1967 par l’Université Paris-Sud et sont exposées au bâtiment 450 « L’homme et la science » et « L’homme et la nature ». La première vient d’être restaurée dans le cadre de la politique de renouveau du 1% artistique initiée par l’Université et mise en œuvre par la direction du patrimoine et le responsable de la valorisation du patrimoine culturel, Patrice Godard.

Patrice Godard fit remarquer qu’aujourd’hui si l’art figuratif est à l’honneur, il jette ici un regard empreint d’une certaine mélancolie sur la réalité des êtres et des paysages.

Marc Cheyssial remercia l'université pour l’accueil fait aux tableaux de son oncle et souligna que son talent s’accompagnait d’une grande humanité. Il se souvint de la chance qu’il eut d’apprendre à peindre avec son oncle.

Le président Alain Sarfati nous rappela qui était cet artiste aussi talentueux qu’attachant : « Évoquer l’œuvre de Georges Cheyssial, c’est s’intéresser à l’histoire d’une réussite artistique singulière au cœur du vingtième siècle, celle d’un homme d’une humilité légendaire né en 1907, fils d’un cocher et d’une gardienne corréziens qui deviendra, à force de travail et de talent, Président de l’Institut de France et de l’Académie des Beaux-Arts ».

Ce créateur de 3000 huiles, de douzaines de fresques et tapisseries, de centaines de gouaches et d’aquarelles, n’avait pas son brevet à cause d’une orthographe défaillante. A 25 ans, il obtient le premier grand prix de Rome et devient pensionnaire de la Villa Médicis. Très cultivé, il devient l’ami d’Olivier Messiaen. Son début de carrière n’est toutefois pas facile. Il sera un temps, professeur de dessin à la Ville de Paris. Il fait des portraits officiels, s’attache pendant vingt ans à la fresque religieuse d’une église de Châtillon sous Bagneux. En 1945, des commandes publiques lui donnent un début d’aisance matérielle. Ce peintre de la nuit, de la fête, a des pensées de fin du monde révélées par les tons mats de ses tableaux. Dans ses carnets à spirale, il décrit une boite aux lettres posée sur une tombe.


© M. LECOMPT / UPSUD

Il faut se figurer un motard, le chevalet en bandoulière, qui sillonne les routes de Corrèze pour exposer à Tokyo, New-York, Londres ou Paris. Il y gagnera notamment une élection à l’Académie des Beaux-Arts en 1958 et la distinction d’officier dans l’Ordre du Soleil Levant au Japon. Dans les années 1970, ses 40 toiles annuelles sont toutes retenues d’avance, preuve que l’art figuratif de grande qualité a toujours un avenir par-delà les modes qui se démodent, selon le mot de Cocteau.

Il n’a de cesse d’aider et d’encourager de jeunes artistes en exerçant ses fonctions de président de la Société des artistes français et de la fondation Taylor.

Il disait : « dans toute œuvre, il doit y avoir quelque chose d’humain, d’incomplet qui montre que vous n’êtes qu’un homme. »

L’auditoire fut ensuite invité à se rendre au bâtiment 450 pour découvrir la restauration du tableau monumental. Le voile tiré par Alain Sarfati et Marc Cheyssial laissa apparaitre cette œuvre restaurée par un expert en restauration conservation, Quentin Arguillère. Il expliqua la difficulté de l’entreprise de restauration d’un tableau vandalisé par des projections d’un liquide corrosif, il y a des années. Toutes ses compétences ont été brillamment employées à en effacer les salissures visibles de l’observateur faisant face à la toile.

L’après-midi se conclut par une visite commentée des quinze œuvres exposées, par Marc Cheyssial. qui décrivit la précision de touche de son oncle et son emploi singulier de la lumière, marque des peintres de talent.

Dernière modification le 15 octobre 2019

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