Saga Brain Storm, 8e episode

Par les Dr Jean-Philippe Guilloux et Pr Denis David / Publié le 8 octobre 2018

Depuis 8 ans, les Pr Denis David et le Pr Alain Gardier de l’équipe « Dépression, plasticité et résistance aux antidépresseurs » du Laboratoire « Santé mentale et santé publique » (UPSud/Inserm), organisent avec leurs plus proches collaborateurs, un workshop d’une journée au sein de la Faculté de Pharmacie de l’Université Paris-Sud. La dernière édition s’est tenue le 19 septembre 2018 avec des invités de marque.


Photo des participants au workshop, devant la Faculté de Pharmacie. © DR

Les Pr René Hen, directeur du Département des Neurosciences Intégratives à Columbia University (USA) et le Pr Etienne Sibille, Professeur dans le département de Psychiatrie, Pharmacologie et Toxicologie (Université de Toronto, Canada) et directeur d’unité au Campbell Family Mental Health Research Institute (CAMH) viennent chaque année pour ce temps de convivialité mais aussi d’échanges scientifiques.

Cette année, d’autres invités de marque se sont joints à ce workshop pour présenter leurs travaux originaux : le Pr Catherine Belzung, membre de l’Institut Universitaire de France et directrice du Laboratoire « Imagerie et cerveau » (Université de Tour / Inserm), le Dr Christine Denny (Columbia University, New York, USA), le Dr Hyunjung Oh (CAMH, Toronto, USA) et les Dr Indira David et Jean-Philippe Guilloux.

Cette journée de brainstorming, sur le champ de la psychiatrie et particulièrement des troubles de l’humeur, s’inscrit parfaitement dans la devise de l’Université Paris-Sud : « Comprendre le Monde, Construire l’Avenir ». « Comprendre » les mécanismes physiopathologiques des troubles de l’humeur et explorer de nouvelles cibles thérapeutiques. En effet, les derniers chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé sont alarmants : on estime à plus de 300 millions le nombre de personnes atteintes de troubles dépressifs, soit une augmentation de plus de 18 % par rapport à 2005.

Ainsi, Le Dr Oh, a présenté le rôle important joué par un facteur neurotrophique, le BDNF, dans la physiopathologie de la dépression et son interaction avec le système GABAergique. Le Pr Sibille confirmait ces résultats par la description de nouveaux ligands modulateurs du récepteur GABAA, qui seraient une nouvelle cible thérapeutique.

Des stratégies thérapeutiques nouvelles et non pharmacologiques émergent, comme la neurostimulation. Comme l’a démontré le Pr Belzung, la neurostimulation transmagnétique crânienne ou l’utilisation d’ultrasons ciblant le cortex préfrontal montrent des effets de type antidépresseur chez la souris. Dans le champ des nouvelles cibles thérapeutiques et des chocs postraumatiques, le Dr Denny et son équipe ont mis en évidence que la kétamine possèderait des effets prophylactiques, c’est-à-dire qu’elle prévient l’apparition de troubles dépressifs.

Qu’elles que soient les approches thérapeutiques proposées, les participants du workshop étaient unanimes : l’identification de biomarqueurs de diagnostic et de réponse thérapeutique optimiserait la prise en charge des patients. Ainsi, le Dr Guilloux, en utilisant un modèle animal (chez la souris) de non-réponse aux antidépresseurs, essaie de mettre en évidence une signature biologique de la réponse à l’électro-convulsivothérapie, méthode présentant plus de 80% de réponse chez les patients. Parmi les biomarqueurs de réponse, la neurogenèse hippocampique a été proposée (c’est-à-dire la production de nouveaux neurones dans le gyrus dentelé de l’hippocampe).

Pourtant, un récent article de l’équipe d’Alvarez-Buylla paru dans Nature est venu tout remettre en cause, suggérant que chez l’Homme ce phénomène était indétectable après l’adolescence. Dans la même période, une autre publication d’une équipe de Columbia University publiée dans Cell Stem Cell, dans laquelle le Pr HEN est associé, confirmait que la neurogenèse se poursuivait dans l’hippocampe humain adulte.

Alors, qu’en conclure ? Le Pr Hen a donc au cours de sa présentation posé la question : « Est-ce-que la neurogenèse est importante » ? Si sa présence est indiscutable chez le rongeur et son rôle notoire dans la résilience au stress comme en confère son récent papier dans Nature ou dans les effets antidépresseurs, de nouvelles études utilisant de nouveau paradigmes doivent être envisagées pour répondre à la question : « combien de jeunes neurones sont nécessaires aux effets comportementaux ? » Peut-être, comme le suggère le Dr David dans ses travaux chez le rongeur issus d’une collaboration entre l’Université Paris-Sud et Columbia University, que le désaccord entre les travaux d’Alvarez-Buylla et ceux de Boldrini vient de l’utilisation de marqueurs non-spécifiques de la neurogenèse.

Ce workshop a été, pour tous les participants, riche en enseignements et montre combien les échanges et le partage d’informations sont la clé de la compréhension pour construire une recherche d’avenir.

Dernière modification le 8 octobre 2018