Cultivons la botanique !

Par le Service Environnement et Paysages / Publié le 23 février 2018

Pétiole, corymbe, involucre, radicelle… si la poésie des termes botaniques sonne étrangement à vos oreilles, pourquoi ne pas profiter des derniers jours hivernaux pour vous ouvrir au monde de cette science du végétal. Longtemps affaire de spécialistes ou de passionnés éclairés, la botanique de terrain conquiert de nouveaux publics faisant de plus en plus d’émules parmi les amateurs. Preuve en est le nombre croissant de sorties organisées par les associations naturalistes et la création de formations spécifiques comme le MOOC Tela Botanica développé en collaboration avec l’Université Paris-Sud. Riche d’une remarquable biodiversité, le jardin botanique et universitaire de Launay s’offre comme un terrain de jeu idéal à la pratique de l’identification des plantes.


Ail des ours et jacynthe en sous-bois

Malgré l’apparition des premiers bourgeons alors que la majorité des espèces caduques n’a pas encore retrouvé son feuillage, l’exercice de reconnaissance des végétaux s’annonce pourtant ardu pour le novice souvent dépourvu face aux maigres indices que sont bourgeons, écorces et rameaux. Nul découragement toutefois, l’occasion se présente pour s’initier au vocabulaire de base, préparation indispensable aux futures sorties de terrain. Une approche progressive semble nécessaire pour ne pas se noyer dans les milliers de termes que recèle le lexique de la botanique.

Organe visible durant toute la saison de végétation chez les plantes à feuillage non-persistant, la feuille s’avère un élément pertinent pour l’identification d’une plante. Sa description doit s’opérer à partir d’un rameau afin de noter sa disposition et son mode d’insertion. D’une simple feuille naisse déjà de multiples questions : couleurs, forme, présence de poils, nervures, structure du pétiole (reliant le limbe à la tige)…

De nombreux ouvrages permettent de se familiariser avec cette terminologie. La botanique redécouverte d’Aline Raynal-Roques retrace, outre l’évolution du végétal depuis l’apparition des Cryptogames à celle des Angiospermes, l’histoire de la Botanique et de la classification des plantes et propose une introduction à la diversité des formes végétales. Pour ceux plus sensibles à l’image, le Dictionnaire visuel de botanique de Maurice Reille, riches en photographies, et les dessins du Dictionnaire illustré de botanique d’Alain Jouy et Bruno Foucault, serviront de référence. Plus tard, le vocabulaire - se précisant davantage - s’enrichira des qualifications des pièces florales, des fruits,  des bois. Les plus téméraires pourront alors se lancer dans la recherche à l’aide d’une clé de détermination. Cette méthode analytique, procède, étape par étape, à l’identification d’un ordre, d’une famille, d’un genre ou d’une espèce végétale (ou animale) selon des choix successifs concernant des caractéristiques morphologiques observables.

Avec 5 000 à 6 000 espèces de plantes vasculaires indigènes (Tracheophytes) présentes sur le territoire métropolitain, auxquelles viennent s’ajouter les cultivées, les naturalisées (exotiques se comportant comme une espèce indigène), les subspontanées (plante étrangère s’échappant des cultures sans réellement se mêler à la flore locale), les accidentelles, le champ des propositions s’annonce vaste. Là encore, mieux vaut jeter son dévolu sur les plantes côtoyées au quotidien. Au jardin botanique et universitaire, on les retrouve sur les bords de chemin ou simplement au coin d’un bâtiment, pour les arbres, dans les boisements, les bosquets. A ce titre, un petit recueil, Sauvage de ma rue, présente les plantes urbaines les plus communes en France invitant les citadins à les recenser via un observatoire participatif piloté par le Museum National d’Histoire Naturelle.

Sur le terrain, il convient d’emporter un petit guide de reconnaissance d’approche simple et peu volumineux ou bien de se munir d’un carnet pour y noter ses observations (date, lieu et quelques critères de reconnaissance) pour revenir plus tard à l’étude des sujets rencontrés. Equipé d’une loupe monoculaire de grossissement x10, explorez les prairies laissées en fauche tardive du printemps à l’automne (Pelouse aux Cèdres, devant le Château de la Présidence, Arboretum et Pinetum aux abords du bâtiment 360, Collection de chênes près du bâtiment 490) ! Cette stratégie vous permettra de reconnaître peu à peu une cinquantaine
de plantes et d’appréhender le concept de classification par familles.


Sur le sentier des médicinales : la lavande

Ceux que l’univers fourmillant de la botanique effraie encore, se tourneront alors vers une aide extérieure et trouveront à coup sûr matière dans le calendrier de visites guidées du Jardin botanique et universitaire de Paris-Sud (cf. Et le jardin s’anime). Abordée sous l’angle de l’ethnobotanique, cette découverte des collections indigènes et exotiques rend compte des rapports entretenus par les humains et les plantes, un thème fédérateur. Parmi ces plantes présentes dans la
mémoire collective, les aromatiques et médicinales tiennent une place particulière dans l’histoire de la Botanique. Une visite (VII) leur est d’ailleurs dédiée ainsi qu’un sentier interactif disponible sur l’application mobile Smart’flore.

Cette année, une nouvelle visite viendra enrichir le programme du Parc de Launay. Elle « apprendra aux participants à identifier arbres et arbustes à partir des écorces et des bourgeons afin de les différencier durant l’hiver, confie François Bria, en charge des animations au Parc de Launay. Nous y aborderons également les bases de la phyllotaxie (discipline décrivant l’arrangement des feuilles des végétaux). Rien de complexe cependant, l’exposé s’adressera à des débutants ».

Indissociable de la science botanique, l’herbier papier, aujourd’hui tombé en désuétude ou remplacé par le numérique, permettra aux plus minutieux de  mémoriser leurs observations. Quelques règles doivent toutefois être respectées : ne récolter que les individus identifiés, se renseigner au préalable sur les espèces protégées et les espaces classés (collections botaniques, réserves naturelles, Parcs Nationaux). Tout prélèvement doit être raisonné et proscrit en présence  d’espèces isolées ou peu abondantes sur une station. Dans ce cas, pourquoi ne pas préférer l’utilisation d’un appareil photographique ou l’usage du dessin, et découvrir la botanique par son côté artistique !

Pistes bibliographiques
- REILLE Maurice, 2014. Dictionnaire visuel de botanique. Eugen Ulmer EDs, 320 p.
- JOUY Alain, FOUCAULT, Bruno. Dictionnaire illustré de botanique, Ed. Biotope, 471 p.
- RAYNAL-ROQUES, La botanique redécouverte, Ed. Belin, 512 p.
- MACHON, N., MOTARD, E., DEPRAETERE, M. et al. Sauvages de ma rue, Guide des plantes sauvages des villes de France, Coéd. Le Passage- Museum National d’Histoire Naturelle, 416 p.

Cet article est publié dans le Numéro 11 de l’Échappée Verte, le journal de Service Environnement et Paysages, téléchargeable sur la page du jardin botanique de Launay, jardin universitaire.

Dernière modification le 23 février 2018