Des pommes, des poires... et des méthodes douces

Publié le 29/05/2017

Créé dans les années 1960 sous l’impulsion du professeur Roger Nozeran, le verger conservatoire, avec ses 150 variétés et cultivars, figure parmi les collections historiques du jardin botanique et universitaire de l’Université Paris-Sud. Autrefois terrain d’expérimentations des étudiants en biologie végétale, ce précieux sanctuaire fruitier est aujourd’hui confié aux bons soins de l'Association Bures-Orsay-Nature  (ABON). Rencontre avec les bénévoles responsables de son entretien tout au long de l’année avec pour leitmotiv le respect de la biodiversité de ce lieu champêtre en plein cœur du campus (face au bâtiment 360).

Quels liens unissent l’Association ABON au verger René Nozeran ?

Bernadette Fontanella (présidente de ABON) : Nous nous occupons du verger depuis une quinzaine d’années. A l’origine, le verger avait été créé par des chercheurs de l’Université, notamment M. Roger Nozeran à titre de conservation et de recherches universitaires. Après sa restauration dans les années 1990, un partenariat a vu le jour entre l’Université et ABON qui a proposé de le gérer avec des méthodes  naturelles, sans traitement phytosanitaire. Une convention a ainsi été signée pour l’entretien du verger, l’organisation d’activités  pédagogiques et l’autorisation de vente des pommes aux adhérents, personnels et étudiants du campus afin de financer l’achat du matériel d’entretien.

Marcel Cadiou (bénévole ABON) : Aujourd’hui, nous sommes une dizaine de bénévoles permanents à nous consacrer à l’entretien annuel du site. Au départ de l’aventure, nous avons fait appel à un spécialiste des vergers qui a formé les bénévoles à la taille, à l’entretien des arbres. Certains ont ainsi bénéficié des conseils de François Moulin, ancien responsable de cultures fruitières au Potager du Roi à Versailles), notamment pour la taille dite en espalier (formes conduites contre un mur, NDLR). Des spécialistes venus de Normandie nous ont enseigné l’art du greffage. Enfin, les étudiants de l’école Tecomah ont participé à la taille des arbres fruitiers. Parallèlement, nous avons expérimenté des méthodes d’entretien écologiques.

En quoi consiste la gestion raisonnée du verger ?

Bernadette Fontanella : Elle consiste à limiter les interventions et à créer un écosystème harmonieux où les arbres et la faune auxiliaire s’autorégulent. Des espaces de prairies sont entretenus par le Service Environnement et Paysages afin de préserver notamment l’entomofaune (insectes). Des nichoirs et des mangeoires ont été disposés dans les arbres alentours pour favoriser l’avifaune.

Marcel Cadiou : A la création du verger, des arbres pollinisateurs, des malus (pommiers), ont été implantés. Il s’agit d’une dizaine de variétés anciennes qui donnent de toutes petites pommes de la taille d’une cerise mais qui ont l’avantage d’être en fleurs avant les  pommiers donnant des pommes à consommer. Ils servent donc à nourrir les abeilles qui pourront aller polliniser par la suite les autres variétés ! Aujourd’hui, nous nous attachons à renouveler le potentiel du verger en introduisant de nouvelles variétés. Grâce à une collaboration avec le verger du Jardin du Luxembourg (jardin du Sénat à Paris, NDLR), nous avons rapporté une dizaine de nouvelles variétés de pommiers. Notre volonté a aussi consisté à diversifier les plantations avec des poiriers, des pruniers, des cognassiers et des plants de kiwis. Au départ, le verger avait été conçu comme une monoculture pour la recherche. Nous avons par exemple implanté neuf variétés  de poiriers en 2016. Cela contribue à la diversité végétale du site.

Geneviève Gouédard (Bénévole ABON) : Nous testons également des techniques alternatives comme les cataplasmes à l’argile verte disposés sur les blessures liées à la taille des arbres. Afin de limiter la propagation des maladies - notamment la moniliose (pourrissement des fruits dû à un champignon, NDLR), nous ramassons systématiquement les pommes tombées au sol et celles restées accrochées aux branches que l’on appelle communément des momies !

Comment s’organisent les travaux au cours de l’année ?

Marcel Cadiou : Chaque bénévole est responsable de tâches particulières durant l’année : la taille des fruitiers de plein vent (forme « naturelle »), le prélèvement des greffons et le nettoyage des arbres en janvier, la taille des formes en espalier à partir de février-mars. Entre avril et mai, nous réalisons les greffages. Les mois de juin à novembre sont les plus chargés en activités avec le ramassage des pommes,  les tailles en vert  (taille des arbres en feuilles, NDLR). C’est également à cette période que nous posons les pièges à phéromones et  bandes de capture pour les carpocapses, un lépidoptère dont la larve se développe à l’intérieur des fruits, NDLR).

Partagez-vous ces techniques avec le grand public ?

Bernadette Fontanella : L’association propose des ateliers occasionnels de taille et de greffe. Nous ouvrons également le verger aux visites scolaires et au grand public lors d‘évènements particuliers comme la Fête de la Science ou les Journées du Patrimoine. Nous disposons de panneaux pédagogiques qui permettent aux visiteurs de découvrir librement le site tout en s’informant sur la fonction chlorophyllienne chez les végétaux, le cycle de vie des carpocapses, les oiseaux du verger ou encore la taille d’éclaircissement. A la fin du parcours, le public  peut s’entretenir avec les bénévoles et a droit à une dégustation de pommes !

Dernière modification le 30 mai 2017