Décès du Professeur Claude Jasmin, cancérologue et chercheur de grande renommée

Par Caroline Le Bousse-Kerdilès et Claude Boucheix / Publié le 28 août 2017

La Faculté de Médecine Paris-Sud exprime sa grande tristesse à l’annonce du décès du Professeur Claude Jasmin, cancérologue et chercheur de grande renommée.


Claude Jasmin. © Phanie

Claude Jasmin, Professeur des Universités-Praticien Hospitalier à la Faculté de Médecine Paris-Sud, a été chef du service d’hématologie, d’immunologie et de biologie des tumeurs (1982-2002), puis chef de service d’oncologie médicale à l’hôpital Paul Brousse (2002-2007). Il a été également de 1984 à 2004, directeur de l’unité 268 de l’Inserm intitulée “Oncogenèse appliquée”, puis “Différenciation hématopoïétique normale et leucémique”.

Claude Jasmin, une figure incontestée de la cancérologie, était un élève du Professeur Georges Mathé dont il fut à 24 ans, en 1962, le premier interne des hôpitaux de Paris dans le service de Cancérologie de l’Institut Gustave-Roussy. Dès son premier stage, Georges Mathé a pris conscience du potentiel de ce jeune interne. Des données expérimentales suggéraient l’implication des virus dans le cancer. Dans le cadre de la structuration de son futur Institut, Georges Mathé lui avait alors confié la mise en place d’un laboratoire de recherche en virologie. Pour se former, il l’avait envoyé à la fin de son premier semestre faire un stage d’un an au Wistar Institute à Philadelphie. A son retour, il l’avait incité à s’inscrire en Faculté de Sciences pour acquérir les connaissances fondamentales qui ne lui avaient pas été enseignées au cours de ses études médicales. C’était une démarche rare pour un médecin dont Claude Jasmin sut tirer parti. A son retour comme Chef de Clinique dans le service de Georges Mathé, il créa le Laboratoire d’Oncologie virale à l’Institut de Cancérologie et d’Immunogénétique (ICIG et unité 50 de l’Inserm) où il a recruté plusieurs jeunes chercheurs. Cette recherche en virologie fut une des raisons de son intérêt pour le SIDA et la recherche qu’il suscita sur ce thème dans son laboratoire.

A la fermeture de l’unité 50, il prit la direction de l’unité 268 qui joua un rôle important dans l’évolution du site, notamment grâce à l’Association Nouvelles Recherches Biomédicales (NRB) - Vaincre le cancer, qu’il avait créée en 1987. Cette période a été marquée par le développement au sein de son équipe d’un axe de recherche très novateur, celui des cellules souches, dont l’importance en physiologie comme en cancérologie est majeure. Il a, en particulier, été parmi les premiers à suggérer leurs rôles dans la genèse de certains cancers et leucémies et à mettre en évidence l’implication de leur écosystème, actuellement appelé microenvironnement tissulaire, dans la régulation de ces cellules souches. Il avait déjà proposé à cette époque que ce nouveau concept pourrait avoir des conséquences thérapeutiques en cancérologie. Depuis, le nombre d’études sur ce thème croit de façon exponentielle et le microenvironnement devient une cible thérapeutique prometteuse pour le clinicien! Ici encore, il avait su voir au-delà, démontrant ses talents d’avant-gardiste qu’il a continué à développer tout au long de sa carrière de chercheur.

Claude Jasmin a été l’auteur de plus de 250 articles scientifiques parus dans des revues internationales. Plusieurs prix lui ont été attribués dont le prix Isaac Wistar, Philadelphie USA (1983), le prix GEFLUC Paris (1984), le prix El Rofé, Ethique médicale (1995) et le prix Pierre Marty, Paris (2004). Il a été aussi membre de multiples sociétés savantes et instances scientifiques, en particulier à l’Inserm.

Comme en témoignent ses récompenses, outre ses travaux en recherche fondamentale, il s’était intéressé à des questions de société en rapport avec l’éthique et le vieillissement. En 1987, il créa le Conseil International pour un Progrès Global de la Santé, organisateur de congrès internationaux sur les questions de santé et société, qui ont accueilli de prestigieux participants du monde de la médecine, de la politique ou de la culture, comme Jorge Semprun ou Elie Wiesel. Vers la fin de sa carrière, il contribua fortement à l’émergence de l’oncogériatrie qui, grâce à l’adaptation de leur prise en charge, a permis une amélioration significative du traitement et de la qualité de vie des malades âgés porteurs de cancer. Cette qualité de vie, Claude Jasmin y était particulièrement attentif : soigner, mais toujours dans le respect du patient.

Ses collaborateurs en recherche, à l’hôpital et à l’université, garderont de lui le souvenir d’un homme brillant, chaleureux et enthousiaste, qui ne ménageait pas ses efforts pour leur donner les moyens nécessaires à la réalisation de leurs projets. D’une exceptionnelle intelligence, d’une grande bonté et d’une extrême générosité, il débordait d’imagination et sa curiosité était sans limite. Il aimait et savait partager ses connaissances avec le plus grand nombre, ce qu’il traduisit par l’écriture de plusieurs essais et de nombreuses interventions dans les médias. C’était un conteur.

Son amour des sciences, des arts et des lettres, sa passion pour la philosophie, l’éthique et l’histoire des religions et tout simplement, son attachement à l’Homme, faisaient de lui un humaniste de notre époque.

Claude Jasmin était de ceux qui transgressent, qui devancent, qui inventent avec toujours le souci de l’autre, que ce soient ses patients, ses collègues, ses amis et bien-sûr, sa famille qu'il chérissait tant!

Il manquera à tous ceux qui ont eu la chance et le privilège de le connaitre.

Dernière modification le 28 août 2017