Révéler la beauté cachée des pollens

Par Delphine Albert / Publié le 14 novembre 2016

Inauguré à la mi-octobre sur le campus d’Orsay de l’Université Paris-Sud, le Sentier Pollen offre une plongée scientifique et artistique dans ce monde aux richesses méconnues


Vue microscopique d’ un pollen de Sarcococca Copyright : Béatrice Albert /UPSud)

Souvent pointés du doigt pour leur potentiel plus ou moins allergisant, les pollens constituent pourtant un maillon essentiel de la biodiversité. Inauguré à la mi-octobre sur le campus d’Orsay de l’Université Paris-Sud, le Sentier Pollen offre une plongée scientifique et artistique dans ce monde aux richesses méconnues. L’occasion de rencontrer Béatrice Albert, maître de conférence au laboratoire Ecologie Systématique et d’Evolution - ESE (UPSud/CNRS/AgroPariTech), à l’origine du projet en collaboration avec le Service Environnement et Paysages et Isabelle Aubry, artiste indépendante, dans le cadre de la Diagonale Paris-Saclay.

Comment a germé l’idée d’un parcours sur les pollens ?

Au sein de mon équipe de recherche, j’étudie la diversité des grains de pollen, éléments du cycle reproductif végétal (des Spermaphytes, NDLR). Je m’intéresse aux différentes morphologies des pollens au sein des espèces végétales, à leurs processus de développement et d’évolution. Mes recherches visent à déterminer si des pollens, dotés de formes particulières, sont plus performants que d’autres en termes de fécondation : est-ce que certains grains survivent plus longtemps ou bien germent plus rapidement sur les stigmates (extrémité du pistil d’une fleur, NDLR) de par leur morphologie. Ce sont des objets que j’observe tous les jours et leur beauté m’interpelle chaque fois. C’est tout naturellement que j’ai eu envie de les mettre en scène et de révéler leur charme discret puisqu’il ne se dévoile vraiment qu’à l’échelle microscopique ! Mon premier but vise à susciter l’émerveillement face à toute cette diversité qu’on ne soupçonne pas et de partager l’envie de faire de la science.


Boîte à pollen sur le campus d'Orsay. © M. LECOMPT / UPSud

L’idée de les mettre en scène vous a donc conduit à vous associer à une artiste ?

C’était une collaboration assez évidente en effet. J’avais une idée de départ et Isabelle Aubry, artiste plasticienne et passionnée de nature, a apporté sa dimension poétique au projet. Elle a travaillé sur la conception des boîtes découverte qui jalonnent le sentier.

Comment s’est opéré la sélection des pollens présentés au long du parcours ?

Dans le cadre de nos recherches, nous nous appuyons déjà sur les collections du Jardin botanique. Pour le projet, nous nous sommes baladées dans le Jardin universitaire et nous avons noté les plantes qui nous intéressaient. Par la suite, j’ai effectué des recherches dans une base de données d’images prises au microscope électronique afin de sélectionner les pollens les plus caractéristiques quant à la diversité des formes, des textures, des tailles. On a ainsi travaillé sur l’un des grains de pollen les plus petits, celui du myosotis (5 micromètres soit 0,005 millimètres, NDLR).

Pourquoi avoir conçu cette découverte des pollens sous forme de ballade ?

Je trouvais important d’associer les grains de pollens à la plante à laquelle ils correspondent dans leur environnement naturel. J’ai souhaité qu’on découvre les pollens de plantes qui nous sont familières, comme le géranium ou la pâquerette, afin de rendre l’expérience plus concrète pour le grand public. Exception faite pour certaines plantes exotiques dont les pollens s’avèrent tellement beau que je n’ai pas pu résister comme celui du Sarcococca hookerania. Nous avons pensé le sentier comme une promenade en combinant différents itinéraires fréquentés par les usagers au cours de la journée. On peut déjà découvrir certains pollens en pénétrant par l’entrée principale. Lorsque les personnels et les étudiants vont se restaurer le midi, ils peuvent également tomber sur des boîtes. Certaines ont été placées sur des chemins de traverses empruntés par les étudiants pour rejoindre leurs lieux de cours. Cela permet de toucher tout un ensemble de publics.


Béatrice Albert et Céline Riauté, à l'origine du projet de sentier pollen. © UPSud

Voir et sentir les pollens
Rendre sensible les structures insoupçonnées des grains de pollen, c’est le défi relevé par l’artiste Isabelle Aubry conceptrice des boites découvertes qui ponctuent le sentier en collaboration avec les équipes du Service Environnement et Paysages (assemblage, vernissage, mise en place). Entretenant un dialogue permanent entre Art et Environnement au sein de ses œuvres, la plasticienne, a pensé un parcours à la fois visuel et tactile.

A partir des photographies prises au microscope électronique rassemblées par Béatrice Albert, Isabelle Aubry a axé son travail sur la réalisation d’estampes sur plaques polymère. Passant successivement par des procédés d’insolation, de développement à l’eau et de fixation UV, ces dernières révèlent, à l’aide d’encres typographiques, l’image de grains de pollen grossis. Par superposition de filtres, les illustrations en offrent finalement une vision tridimensionnelle.

Présentées dans des boites en bois pour une meilleure intégration dans le paysage, quinze vues polliniques sont ainsi à découvrir au pied de leur plante de référence au sein du Jardin universitaire et botanique de Launay. Pour prolonger l’expérience, cinq boites « mystères» complètent le dispositif. Reconnaissables à leur ouverture sur leur face avant, elles permettent aux visiteurs d’appréhender la forme et la texture des grains de pollen par le toucher au contact de plaques polymères gravées.

 

Cet article est publié dans le Numéro 4 de l'Echappée Verte, le journal de Service Environnement et Paysage à télécharger ici ou sur la page web du jardin botanique de Launay - jardin universitaire.

Dernière modification le 15 novembre 2016