Interview de Christine Paulin, Doyen de la Faculté des Sciences

Par Anaïs Vergnolle / Publié le 8 juillet 2016

Christine Paulin, professeur des universités en Informatique, a été élue à l'unanimité Doyen de la Faculté des Sciences d'Orsay par le Conseil d'UFR le 3 mai 2016. Un peu plus d’un mois après sa prise de fonction officielle, elle nous livre ses premières impressions et présente sa feuille de route.


Photo de Christine Paulin, nouveau Doyen de la Faculté des Sciences. © DR

Le 31 mai, vous avez officiellement pris la fonction de Doyen de la Faculté des Sciences pour un mandat de 5 ans. Quel regard portez-vous sur cette nouvelle responsabilité ?

L’UFR Sciences est reconnue pour la qualité de ses formations et de sa recherche et je suis très fière et heureuse d’assurer cette nouvelle responsabilité. Mais je ne peux ignorer les difficultés rencontrées par les personnels (réduction des moyens, augmentation de la compétition entre établissements) et les éléments que nous devons améliorer (faire réussir nos étudiants au meilleur niveau, clarifier nos processus métier). C’est pourquoi je souhaite m’impliquer pour rechercher et mettre en œuvre des solutions concrètes qui répondent aux défis auxquels nous sommes tous confrontés.

A peine en fonction, j’ai dû faire face à une crise exceptionnelle avec l’inondation subite sur le campus d’Orsay. C’était une entrée en matière compliquée mais j’ai été immédiatement rassurée par la manière dont les différents acteurs ont géré la situation avec un grand professionnalisme. Tout n’a pas été parfait mais dans l’ensemble, nous pouvons être satisfaits de notre fonctionnement. Il reste néanmoins un gros travail de remise en état dont le financement est toujours incertain.

Enfin, plus généralement, Sylvie Retailleau et son équipe ont réalisé un travail considérable durant le précédent mandat. Mon objectif est donc de poursuivre dans la continuité de ce mandat avec la nouvelle équipe du décanat élue le 7 juin, en cohérence avec l’équipe présidence de l’université Paris-Sud qui vient également d’être renouvelée.

Quelle est votre feuille de route pour ces cinq années ?

Notre objectif principal est tout d’abord la qualité de la formation et de la recherche. Celle-ci est portée par les personnels dans les départements de discipline qui sont force de proposition et de réalisation. Le rôle du décanat est d’élaborer les orientations, d’accompagner le développement et les transformations et d’en faciliter la réalisation par des moyens appropriés, ce qui est difficile en période de restriction budgétaire. Les chantiers de la licence et de la restructuration des laboratoires sont de manière évidente ceux qui vont nous occuper en priorité. 

J’aimerais aussi mener plusieurs chantiers  sur les aspects d’organisation. Tout d’abord, la communication interne. Listes de diffusion, partage d’information… il nous faut trouver des solutions pour travailler de manière collaborative. Nous savons qu’il existe des outils, mais nous ne les utilisons pas forcément. Il faut donc faire une analyse des besoins et des moyens existants pour trouver la meilleure manière de travailler ensemble. 

Il s’agit aussi d'améliorer les interactions entre les personnels administratifs, les chercheurs et les enseignants chercheurs, ce qui passe par une vision partagée des processus et des métiers.

Autre axe d'amélioration et non des moindres, la simplification des processus administratifs. A l’heure de la dématérialisation, le circuit de signatures originales des 5 ou  6 exemplaires papier de chaque convention de stage parait archaïque et peu efficace, pour ne donner qu’un exemple parmi d’autres.

Nous faisons face à un plan d’économies sans précédent qui met en danger notre capacité d’action. Les personnels sont la principale richesse de notre université, développer leurs compétences, adapter les postes nous permettra de mieux répondre à nos besoins dans un contexte de restriction. Un autre chantier qui me tient à cœur est celui de la consolidation des ressources propres de l’UFR Sciences. Même si nous devons continuer à agir pour que l’Etat nous donne les moyens d’exercer notre mission de service public, nous ne pouvons plus considérer que tout viendra de notre subvention publique. Cette transition s’est déjà faite dans les laboratoires, où la part de ressources propres est devenue prédominante. Nous ne devons pas en arriver là pour l’UFR, mais augmenter nos ressources propres ne doit pas non plus être un tabou. Nous devons avoir une politique raisonnée et raisonnable sur les ressources  car pour développer une politique ambitieuse, il nous faut trouver de nouveaux moyens.

A quels soutiens financiers pensez-vous ?

Une première piste est constituée des entreprises. L’UFR Sciences doit être reconnue comme un partenaire au même titre que d’autres établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Il faut encourager le développement de collaborations industrielles pour la recherche et de formations financées : apprentissage, formation continue, partenariats européens, chaires. Ces dernières répondent à un réel besoin de la société et sont une valeur ajoutée pour nos étudiants en terme d’ouverture sur le monde professionnel et international.

De manière générale, nous devons identifier les endroits où nous avons un rôle de financeur et ceux où nous avons un rôle d’opérateur et pouvons trouver des ressources propres.  Les missions doctorales comme la médiation et la valorisation sont un bon exemple : d’autres financeurs sont intéressés. C’est le cas également pour l’accueil et l’accompagnement d’étudiants étrangers dans des filières internationales: cela ne me choque pas de leur demander une participation au coût  de leur prise en charge. Évidemment en fixant un cadre raisonnable qui tient compte des situations particulières et des accords internationaux.

Il faudra arbitrer, faire des choix, mais sans perdre de vue que notre but n’est pas de faire du commerce de nos activités, mais de trouver les moyens de mener une mission de service public de qualité. Ces ressources additionnelles nous permettront de soutenir de manière équilibrée un large spectre de recherches et de formations des aspects fondamentaux jusqu’aux applications.

Quel sera le positionnement de la Faculté des Sciences dans l’Université Paris-Saclay ?

Concernant la structuration de l’Université Paris-Saclay, la réflexion est en cours. Nous souhaitons réfléchir à partir de situations concrètes : il faut définir les sujets sur lesquels l’arbitrage se fait au niveau de Paris-Saclay et ceux sur lesquels les établissements restent souverains. Il est important de définir quels sont les prérogatives des uns et des autres.

L’UFR Sciences est présente dans toutes ces discussions et participe à la construction de l’Université Paris-Saclay. Actuellement, nous sommes par exemple très actifs dans les groupes de travail du « programme Licence ». La réforme de la Licence est nécessaire. Le calendrier est plus serré en raison des échéances de Paris-Saclay, mais dans tous les cas, nous devions engager cette réflexion. Les grandes écoles sont en train de se positionner sur le sujet, il est important de proposer avec eux une offre cohérente, diversifiée et lisible.

Ce qui est sûr, c’est qu’avec une structuration d’université intégrée, l’UFR Sciences ne va pas se dissoudre dans Paris-Saclay. Dans la granularité, les composantes de l’Université Paris-Sud auront une visibilité forte. Pour l’instant, notre but est d’être force de proposition et de réfléchir à ce qui est important pour nous. La spécificité de l’UFR Sciences est de proposer des formations qui offrent aux diplômés de bons débouchés professionnels et qui sont différentes de celles de nos partenaires en terme de public, d’organisation et de contenu avec un appui fort sur la recherche mais aussi un continuum des aspects fondamentaux jusqu’aux applications. Notre UFR constitue une part importante de Paris-Sud, de par son nombre de laboratoires, d’étudiants et de personnels, elle a donc un rôle important à jouer dans les structures qui se mettent en place.

Dernière modification le 8 juillet 2016