De grands chercheurs investissent les amphis

Par Anaïs Vergnolle / Publié le 7 mars 2016

En 2015, la Faculté des Sciences de l’Université Paris-Sud a fêté ses 50 ans. Plusieurs festivités ont été organisées pour célébrer cet événement et pour clôturer cette année anniversaire, la Faculté des Sciences a choisi d'honorer des personnalités qui ont marqué son histoire, en renommant dix amphithéâtres d'enseignement.


Le discours inaugural de M. Kagan, qui a accepté de donner son nom à l'un des amphithéâtre de la Faculté des Sciences de l'Université Paris-Sud. © M. LECOMPT / UPSud

Pour Sylvie Retailleau, Doyen de la Faculté des Sciences, mettre en avant des personnalités scientifiques qui ont beaucoup apporté à la science, parfois bien au-delà des frontières de leurs laboratoires, est un symbole fort : « Ces illustres scientifiques sont des références importantes pour nos jeunes, en particulier ceux qui étudient dans notre université. Elles leur permettront de découvrir et d’apprécier l’environnement riche et de qualité qui les entoure. Cela contribuera à mettre en valeur leur formation et donc leur diplôme ».

Chaque département a donc organisé un sondage interne auprès de sa communauté pour désigner les personnalités ayant le plus compté dans leur discipline. Le choix fut difficile puisque de grands noms ont marqué l’histoire de la Faculté des Sciences.

Et le choix s’est porté sur… André ADOUTTE et Jeannine YON-KAHN pour la Biologie, Florence FIQUET-FAYARD et Henri KAGAN pour la Chimie, Paul BROUZENG pour l’Histoire des Sciences, Charles DELORME pour l’Informatique, Jean-Pierre KAHANE pour les Mathématiques, Yvette CAUCHOIS et Jacques FRIEDEL pour la Physique et Jean-Charles FONTES pour les Sciences de la Terre.

Chaque amphithéâtre a été inauguré avec la pose d’une plaque, lors d’une cérémonie réunissant les familles des personnalités et les personnels des départements.

Les amphis changent de noms !
Bâtiment 332/333
L’amphi H2 devient l’amphi André ADOUTTE
L’amphi H3 devient l’amphi Florence FIQUET-FAYARD
L’amphi H4 devient l’amphi Jean-Pierre KAHANE
L’amphi H5 devient l’amphi Jean Charles FONTES
Bâtiment 336
L’amphi H6 devient l’amphi Charles DELORME
Bâtiment 450
L’amphi G1 devient l’amphi Henri KAGAN
L’amphi G2 devient l’amphi Jeannine YON KAHN
L’amphi G3 devient l’amphi Yvette CAUCHOIS
Bâtiment 452
L’amphi F1 devient l’amphi Jacques FRIEDEL
L’amphi F2 devient l’amphi Paul BROUZENG

Dernière modification le 7 mars 2016

Les inaugurations en images

© M. LECOMPT / UPSud© M. LECOMPT / UPSud© M. LECOMPT / UPSud© M. LECOMPT / UPSud© M. LECOMPT / UPSud© M. LECOMPT / UPSud© M. LECOMPT / UPSud© M. LECOMPT / UPSud

Biographie des chercheurs honorés

André Adoutte (1947-2002)

Professeur à l'Université Paris-Sud, André Adoutte a effectué toutes ses études et sa carrière à la Faculté des Sciences. Directeur du Centre de Génétique Moléculaire (CNRS) à Gif-sur-Yvette, c’est lui qui a impulsé le développement de la biologie cellulaire à Orsay.

Ses travaux dans le domaine de la morphogenèse cellulaire ont permis les premières mises au point d'anticorps pour l'étude du cytosquelette des Ciliés et ont eu un retentissement considérable. En parallèle, André Adoutte s'est intéressé à l'évolution. Il a réussi à reconstruire de manière aussi fiable que possible l'histoire évolutive des êtres vivants par l'analyse comparée de gènes homologues. Il a obtenu des succès remarquables dans les domaines de l'étude de l'origine et de la diversification du phylum des Ciliés et de la diversification des métazoaires. L'œuvre d'André Adoutte en morphogenèse cellulaire et en histoire évolutive des êtres vivants en a fait un des leaders mondialement reconnus dans ces domaines.

André Adoutte était un chercheur brillant et enthousiaste, mais aussi un formidable pédagogue qui s’impliquait dans l’organisation des enseignements secondaires et universitaires. Soucieux des responsabilités de la science et préoccupé par les questions d'enseignement, André Adoutte a été l'artisan, à Orsay, de la réforme de l'enseignement secondaire.

Paul Brouzeng (1938-2012)

Professeur en épistémologie et histoire des sciences et des techniques à l’Université Paris-Sud, Paul Brouzeng fut l’une des grandes figures de ce domaine. Dès son arrivée en 1988, il introduit à la Faculté des Sciences des enseignements d’Histoire des Sciences dans les premiers cycles scientifiques, les Licences, puis la formation des enseignants du second degré. Il crée ensuite le Groupe d’Histoire et de Diffusion des Sciences d’Orsay, laboratoire aujourd’hui dirigé par Hélène Gispert.

A partir de 1992, il prend la direction du Centre Interdisciplinaire d’Etude de l’Evolution des Idées, des Sciences et des Techniques, auquel il fait donner dans les années 2000 le nom plus simple de Centre d’Alembert. Le CIEEIST organisait déjà chaque année un cycle de conférences sur un thème dominant. Mais l’arrivée de Paul Brouzeng a renouvelé les thèmes et donné de l’ampleur aux colloques. A titre d’exemple, le colloque de 1998 sur la recherche et les pays en développement a eu un impact considérable sur la prise de conscience que la recherche scientifique était une pratique justifiée et nécessaire dans tous les pays. En 1980, il fait partie de l'équipe qui crée la SFHST (Société Française d’Histoire des Sciences et des Techniques). Après sa retraite, il préside l'Association Science Technologie Société, dont il est l'un des fondateurs, continuant ainsi à promouvoir la culture scientifique et technique. Membre du Comité national d’histoire et de philosophie des sciences en 2000, il y participe de façon active jusqu’à sa mort. Toute sa vie Paul Brouzeng fut un humaniste engagé, un militant de la science, de son histoire et de la culture.

Yvette Cauchois (1908-1999)

Physicienne et chimiste, Yvette Cauchois a consacré une partie de sa longue carrière scientifique à l’étude des rayons X. Elle a profondément influencé le développement de la spectroscopie et de l’optique des rayons X.

D’abord licenciée en Sciences Physiques, elle entre immédiatement au Laboratoire de Chimie Physique de Paris, dont elle devient directrice pendant la seconde guerre mondiale. En 1958, trop à l’étroit dans ses locaux, une partie de la chimie physique parisienne vient s’installer à Orsay sous son impulsion. Elle fait alors construire un bâtiment adapté à l’installation d’un accélérateur d’électrons d’une hauteur de 10m, qui a permis d’explorer pendant de nombreuses années les problèmes de physique du solide et de chimie sous rayonnement. Elle développe ainsi l’application de la spectroscopie X à l’étude des atomes, des éléments radioactifs puis de la structure électronique des solides. Elle mettra notamment au point un nouveau type de spectrographe à cristal courbé, qui donne des faisceaux X réfléchis intenses. Ce spectrographe qui portera son nom, va renouveler la technique scientifique appliquée en spectroscopie et optique des rayons X.

Yvette Cauchois est une pionnière et un pilier de la chimie physique. Elle fut visionnaire dans la réalisation d’instruments de haute technologie tels que la ligne de lumière synchrotron qui a constitué l’embryon du LURE, devenu ensuite SOLEIL Synchrotron.

Charles Delorme (1945-2015)

Professeur en informatique à l’Université Paris-Sud, Charles Delorme fut d’abord mathématicien puisqu’il intègre l’École Normale en mathématiques en 1964 et obtient l’agrégation de mathématiques. Après deux années d’enseignement à l’Université de Paris, il demande sa mutation pour l’Université Paris-Sud où il poursuivra toute sa carrière professionnelle.

Charles  Delorme était curieux de tout et s’intéressait aux travaux de recherche sans barrière liée à la discipline. C’est comme cela qu’il a rejoint l’équipe de combinatoire du Laboratoire de Recherche Informatique (LRI-PSud/CNRS), tout en continuant son enseignement en mathématiques. En recherche, il laisse une œuvre riche le situant comme l’un des meilleurs spécialistes mondiaux de la combinatoire algébrique et de la théorie des graphes.

L’enseignement était également pour lui une mission essentielle. Il a coécrit plusieurs ouvrages didactiques s’adressant aux étudiants de Licence mais aussi aux lycéens et collégiens.

Florence Fiquet-Fayard (1929-1977)

Professeure de Chimie‐Physique à l’Université Paris-Sud, Florence Fiquet-Fayard a commencé sa carrière universitaire dans le laboratoire reconnu de Michel Magat sur le campus d’Orsay avant de créer son propre groupe de chercheurs et d’enseignants‐chercheurs dans le domaine des Collisions Electroniques.

Elle est à l’origine de la fusion de plusieurs groupes de recherche au sein du Laboratoire des Collisions Atomiques et Moléculaires, aujourd’hui inclus dans l’Institut des Sciences Moléculaires d’Orsay (ISMO-PSud/CNRS). Son décès prématuré en 1977 l’empêchera malheureusement, de devenir la première directrice du laboratoire et de s’installer dans les nouveaux locaux du bâtiment 351. Ses thématiques de recherche concernaient la radiolyse, les réactions élémentaires et les processus dissociatifs en phase gazeuse. Elle a été la première en France à s’intéresser à l’Attachement Electronique Dissociatif. Femme de grande envergure, Florence Fiquet‐Fayard a mis au point des dispositifs expérimentaux originaux et performants dans le domaine des électrons.

Jean Charles Fontes (1936-1994)

Géochimiste et professeur au Laboratoire d'Hydrologie et de Géochimie Isotopique de l’Université Paris-Sud, Jean Charles Fontes était un expérimentateur innovant et rigoureux. C'était un homme de voyage qui aimait prélever lui-même les échantillons en France et partout dans le monde. Il a su attirer à la discipline de nombreux jeunes chercheurs, dont beaucoup sont devenus ses collaborateurs. Il est à l’origine de la création du laboratoire Interactions et Dynamique des Environnements de Surface, aujourd’hui Géosciences Paris-Sud (PSud/CNRS).

Jacques Friedel (1921-2014)

Professeur de physique des solides à l’Université Paris-Sud, Jacques Friedel a contribué à hisser l’université parmi les acteurs de premier plan de la recherche mondiale. Ancien élève de l'École Polytechnique et de l'École des Mines, il a préparé sa thèse de doctorat sur la structure électronique des impuretés dans les métaux dans le laboratoire de Nevill Francis Mott de l'Université de Bristol. Il s'établit sur le site d'Orsay de la Faculté des Sciences d'Orsay comme professeur de physique des solides et y fonde en 1959, avec André Guinier et Raimond Castaing, le Laboratoire de Physique des Solides de la nouvelle Université Paris-Sud, laboratoire que rejoindra deux ans plus tard Pierre-Gilles de Gennes.

Ses travaux sur la structure électronique des métaux et sur les dislocations constituent une contribution majeure à la physique de la matière condensée. Médaille d’or du CNRS 1970, prix Holweck 1964, membre titulaire de l’Académie des Sciences dès 1977  et qu'il préside pour la période 1993-1994, Jacques Friedel est l’un des pères fondateurs de la Physique du Solide en France. Il est également l'un des rares français à être membre associé de la National Academy of Sciences américaine.

Henri Kagan

Professeur émérite de l’Université Paris-Sud à l’Institut de Chimie Moléculaire et des Matériaux d’Orsay (ICMMO-PSud/CNRS), Henri Kagan est membre de l’Académie des sciences et récipiendaire de nombreux prix dont la médaille Lavoisier en 2013, le prix Wolf en 2001 et la médaille d’argent du CNRS en 1979. Après avoir fait ses études à la Faculté des Sciences de l'Université de Paris et à l’École Nationale Supérieure de Chimie de Paris, il crée en 1967 son propre groupe de recherche à la Faculté des Sciences d'Orsay de l'Université de Paris (qui deviendra ensuite l’Université Paris-Sud).

Henri Kagan est reconnu comme un pionnier de la recherche sur la catalyse asymétrique et l'utilisation des lanthanides en synthèse organique. Ces découvertes en 1971 auraient dû lui valoir le prix Nobel de Chimie. Ce ne fut pas le cas, ce qui provoqua une vive émotion au sein de la communauté scientifique française et une indignation des journaux et revues scientifiques.

Jean Pierre Kahane

Professeur émérite de l’Université Paris-Sud au Laboratoire de Mathématiques d’Orsay (LMO-PSud/CNRS), membre de l’Académie des Sciences, Jean Pierre Kahane a marqué sa discipline. Mathématicien hors du commun, il a reçu de nombreux prix comme le prix Peccot au collège de France en 1957, le prix Maurice Audin  en 1960, le prix Servant en 1972, le Grand prix des sciences mathématiques et physiques en 1980 ou encore le prix Emile Picard en 1995  pour l’ensemble de son œuvre mathématique. Ses travaux de recherche portent sur l’analyse de Fourier et ses interactions avec d’autres branches des mathématiques, en particulier la théorie des probabilités.

Nommé professeur à la Faculté des Sciences en 1961, Jean Pierre Kahane fut le deuxième président de l'Université Paris-Sud de 1975 à 1978. Très concerné par la diffusion de la culture scientifique, il est appelé par Jean-Pierre Chevènement en 1981 pour participer à la mission interministérielle de l’information scientifique et technique (Midist). Il en devient le président en 1982. C’est aussi lui qui, ayant compris que ce serait un instrument de travail et de partage incomparable, met en place la bibliothèque de mathématiques d’Orsay, aujourd’hui l’une des plus riches en France avec ses quelques 60 000 ouvrages et 700 collections de revues.

Jeannine Yon-Kahn

Chercheur en Biologie et directrice de recherche au CNRS, Jeannine Yon-Kahn a longtemps hésité entre les Sciences et la Philosophie. Débutant par les mathématiques et terminant par la biologie, elle a été séduite par la rigueur de la physique et fascinée par le monde vivant. Ce parcours académique est représentatif de l’ouverture, de l’éclectisme et de son large spectre d’intérêt, dont elle a fait preuve tout au long de sa carrière.

Elle a fondé le Laboratoire d’Enzymologie Physico-chimique et Moléculaire à Orsay, qui fut plus tard regroupé avec d’autres laboratoires dans l’Institut de Biochimie, Biophysique Moléculaire et Cellulaire (IBBMC-UPSud/CNRS). Mondialement reconnue, elle a joué un grand rôle dans la compréhension du repliement des protéines et la stabilisation de leur structure. Elle a également travaillé sur l’étude des mécanismes impliqués dans les réactions enzymatiques.

Pour Jeannine Yon-Kahn, la biologie ne se serait pas développée sans l’interdisciplinarité, en particulier avec la physique, la chimie et l’informatique. Faisant preuve d’une grande ouverture, ses recherches se sont situées à l’interface de plusieurs domaines. Également philosophe des sciences et passionnée d’art, elle a toujours considéré que la recherche scientifique se rapprochait de la création artistique.

Dernière modification le 7 mars 2016