Un meilleur ouvrier de France à Paris-Sud

Par Yves Drothier / Publié le 10 juillet 2015

Stéphane Louis, 44 ans, travaille à la Faculté de pharmacie de l’Université Paris-Sud, à Châtenay-Malabry. Il a obtenu le titre de meilleur ouvrier de France en tant que souffleur de verre dans la catégorie « verrerie d’art », 4 ans après avoir décroché ce titre dans la catégorie « verrerie scientifique ».


Stéphane Louis, recevant sa deuxième médaille de "meilleur ouvrier de France". © DR

Souffleur de verre au milieu d’un campus scientifique, Stéphane Louis réalise, répare et ajuste les équipements dont ont toujours besoin étudiants, enseignants-chercheurs et chercheurs de la Faculté de pharmacie de l’Université Paris-Sud. Un travail assez méconnu, mais qui a pourtant très vite fait sens à ses yeux.

«J’ai commencé à façonner le verre au lycée Dorian à Paris. C’était à l’époque le seul lycée qui formait les souffleurs de verre dans le domaine scientifique. Au départ, j’étais plutôt destiné à faire les beaux arts, mais comme mon père était chercheur et chimiste, j’ai vite nagé dans le domaine des sciences, et j’ai donc recherché une formation qui pouvait aussi bien allier l’aspect manuel et artistique, que l’aspect scientifique. »

« C’est le soufflage de verre pour la science qui m’a attiré. Cependant, le verre est une matière assez amusante à travailler et on est toujours tenté de réaliser des pièces artistiques. Vouloir tenter le concours dans la catégorie verrerie d’art était à la fois un défi et un moyen de découvrir d’autres aspects de ce métier », explique ainsi Stéphane Louis.

Se préparer au concours de meilleur ouvrier de France est une manière de continuer à se perfectionner et à évoluer dans un métier qui, s’il semble exister depuis longtemps, n’en est pas moins soumis comme les autres aux évolutions de la société et des techniques. « Il y a beaucoup de choses qu’on ne fabrique plus aujourd’hui, comme les éprouvettes ou du matériel de base. Désormais on fait en revanche des prototypes pour la physique ou l’optique. Les machines ont automatisé la production à grande échelle de produits simples mais il reste toute une partie non industrialisable. Je passe beaucoup du temps avec les scientifiques et les étudiants à essayer de comprendre leurs besoins pour adapter le matériel », note Stéphane Louis.


Un vrai travail d'orfèvre, pour s'approcher de la perfection artistique. © Theldja Mekki / UPSud

Dans ce contexte, préparer un tel concours oblige, comme dans la recherche, à innover et à repousser les limites. « J’ai été obligé de m’équiper en fraisage pour faire évoluer mes techniques, et de trouver de nouvelles méthodes pour fabriquer certains objets. Je me suis fabriqué moi-même un équipement qui fait de la rectification sur du verre. Il faut être un peu bricoleur », commente Stéphane Louis.

Après une longue réflexion préalable, il aura fallu près de 200 heures pour réaliser l’œuvre qui lui a permis de remporter ce titre, soit un an de travail dont une bonne partie pris sur son temps libre. Mais cet effort s’efface devant la satisfaction de la réussite et le plaisir pris par ce passionné : « on utilise des techniques différentes, des verres différents, et sa créativité contrairement à la verrerie scientifique où tout est sur commande. C’est un aspect du métier que je ne traite pas beaucoup et cela m’a permis de retravailler des matériaux dont je n’avais plus l’habitude », souligne Stéphane Louis.


La réalisation de Stéphane Louis qui lui a permis de remporter le titre de meilleur ouvrier de France. Le thème était : "De l'esprit à la main, de la main à l'oeuvre, de l'oeuvre à l'esprit". © Theldja Mekki / UPSud

A l’heure de la révolution digitale et des nouveaux matériaux, pourquoi le verre est-il toujours d’actualité auprès des scientifiques ? « Certains scientifiques sont encore très attachés à leur matériel. Il y en a qui conservent et font réparer leurs pièces et qui sont très connaisseurs. A l'université, certaines manips et expériences se font toujours à l’ancienne et de manière artisanale. Par ailleurs, le verre résiste bien à la température et il est souple. C’est l’un des seuls matériaux quasi inerte [NDLR : qui n'influence pas le résultat d'une expérience, car le matériau n'interagit pas / ne réagit pas chimiquement au contact d'une autre matière] et transparent, qui permet donc de voir la manipulation. Ces propriétés sont très intéressantes pour les scientifiques », conclut le souffleur de verre et meilleur ouvrier de France.

Stéphane Louis encourage même les apprentis à suivre sa voie : « je reçois des stagiaires tous les ans, et tous les ans dans ce domaine il y a des postes non pourvus. Les entreprises viennent chercher les étudiants à la sortie de l’école. On peut assez facilement aller travailler à l’étranger. C’est un métier très méconnu et assez technique. Il faut être passionné car on ne s’enrichit pas forcément financièrement, mais au moins artistiquement ».


L'oeuvre de Stéphane Louis, vu d'un autre angle. © Theldja Mekki / UPSud

Dernière modification le 10 juillet 2015